{}

Sébastien Planas

présentation

Sébastien Planas est le président du Festival International du Livre d'art et du Film, qui a lieu tous les étés en juin depuis 2011.


ARTSPER : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

SEBASTIEN PLANAS : J’ai un parcours assez classique, je suis agrégé de philo et enseignant avec une spécialisation dans la théorie de l’art à Paris 1. J’ai dirigé un centre d’art près de Perpignan et j’ai monté le festival il y a 7 ans.


A : Pouvez-vous nous parler de votre projet ? Pourquoi avoir décidé de créer un festival qui lie le livre d’art et le film d’art ?

S.P. : Le sujet que l’on traite est l’art au sens large, l’art contemporain, l’architecture, les beaux-arts, le design, vu à travers les supports qui le diffusent. Si une exposition a lieu, en général, la diffusion de l’exposition combine un livre, un catalogue, et souvent un film. Ce qui fait notre succès c’est que c’est un festival interdisciplinaire, qui croise des disciplines liées à l’art, l’histoire de l’art, les artistes invités, les galeries, les musées, le grand public. Ce croisement vient d’un attachement au sujet que l’on traite plus que d'un fétichisme du livre ou du film.


A : Comment le projet est-il né ?

S.P. : Le projet est né d’un constat fait face à ma bibliothèque et mes films... J’aurais beaucoup aimé rencontrer les personnes qui écrivaient mes livres, réunir dans un seul espace des réalisateurs et écrivains sur des sujets qui me passionnaient. Je me suis dit ce serait génial de rencontrer un tel un tel et c’est ce que le festival permet. Il permet de réunir les artistes, réalisateurs, écrivains et théoriciens ce qui n’a lieu nulle part ailleurs.


A : Il n’existe pas déjà des festivals comme ça ?

S.P. : Non, il n’existe pas de festival qui réunit le livre et le film d’art. Il existe le FIFA mais il est dédié au film et il est surtout très orienté vers la télé. Nous allons plus chercher des films rarement diffusés, plus alternatifs. La compétition concerne des long-métrages mais il y a également une programmation de court-métrages sur l’art. La réunion des deux est une conjonction assez formidable.


A :Comment se fait la sélection des œuvres ?

S.P. : Pour le livre, nous avons un comité de sélection constitué de spécialistes pour chaque domaine – des conservateurs, des historiens, des critiques d’art - qui sont en veille et qu’on alimente également en livres. Ce comité se réunit au printemps, vers avril, et décide de façon collégiale de la sélection en compétition. On évite cependant de faire une sélection de spécialistes pour spécialistes. Les décisions sont prises par des gens comme vous et moi qui se trouvent face à des sujets qu’ils ne connaissent pas parfaitement.
Nous avons néanmoins établi certains critères : le sujet n’a pas été traité depuis longtemps, la capacité à vulgariser, la réalisation graphique, et un certain nombre d’autres critères assez fléchés.


A : Y a-t-il un droit de véto du directeur ?

S.P. : Non. Je suis pour la subjectivité éclairée. A titre personnel, je peux signaler tel ou tel livre mais le jury peut ne pas le retenir, je n’ai pas le droit de véto. Il n’y a pas de prix du président du festival. C’est l’équation qui nous semble la plus honnête, la plus légitime, et qui correspond le plus au fonctionnement réel de la compétition.


A : Lors de ces 7 éditions, avez-vous fait une rencontre particulièrement marquante ?

S.P. : C’est d’abord une rencontre avec les livres et les films. Par exemple, ma rencontre avec le film qui a eu le FILAF d’or cette année, "Malpartida, Fluxus Village" de Maria Perez. C’est une œuvre extraordinaire, hors des sentiers battus… C’est un film qui a été réalisé en 2015 et qui n’a même pas été diffusé en France. Pour la compétition, nous montrons que des films réalisés l’année précédente et il y a beaucoup de sorties nationales, européennes voire internationales, qui ont lieu lors du festival.
C’est aussi des rencontres avec les gens. Nous avons remis un prix d’honneur à l’écrivain américain Kenneth Goldsmith qui a créé une plateforme de diffusion en ligne de films alternatifs un peu mythique. C’est un personnage dandy exubérant, plein de charisme… C’est comme si on voit les gens sortir de sa bibliothèque. On a l’impression de rencontrer des gens qu’on connaît depuis toujours alors qu’on ne les connaît pas.


A : Est-ce un festival très médiatisé ?

S.P. : Oui, un peu mais ce n’est pas notre but. C’est un festival très familial avec un public d’amateurs d’art ou plus professionnel. Il y a des écrivains, des éditeurs, des directeurs de centres d’art. C’est un événement ouvert au public, gratuit. Les remarques que l’on a sont positives. Il faut s’attendre à certaines séances où il n’y a personne dans la salle… Le public n’est pas un critère de réussite. La réussite d’un festival c’est que les gens fassent confiance au festival. On sort rarement déçu d’un événement où il est question de découverte. La réussite d’un festival c’est le sérieux, la prospection, la découverte, la confiance qu’on peut acquérir vis-à-vis des professionnels et du public.


A : Comment se déroule le festival ? Pouvez-vous nous raconter une journée type ?

S.P. : C’est une programmation qui est devenue très riche. Il y a des activités pour la jeunesse, des ateliers, des rencontres avec les réalisateurs mais le cœur reste les projections de film et les présentations d’ouvrages par leurs auteurs. La journée commence à 11h avec un auteur qui présente son ouvrage. On peut acheter le livre et se le faire dédicacer. Puis en début de soirée, il y a une projection d’un film soit hors compétition soit un focus spécial. Par exemple, l’année dernière, on a présenté un film sur le Louvre, "Comment Jaujard a sauvé le Louvre". C’était la première présentation puis le film a remporté un Grammy’s …


A : C’est dans un seul et même lieu ?

S.P. : Pour les films tout est centralisé au cinéma Le Castillet qui est le plus vieux ciné de France encore en activité avec des normes techniques à jour. Le festival se joue dans un mouchoir de poche. Pour les livres, ça se déroule dans la chapelle St Dominique, un espace de 1000m2 où ont lieu les conférences ainsi que le salon des livres d’art.


A : A chaque fois, est-ce que les livres et films présentés sont tous à vendre ?

S.P. : Les films sont rarement édités en DVD. Parfois oui, lorsqu’il s’agit d’une rétrospective.


A : Désormais, le festival a acquis une certaine réputation ?

S.P. : Oui, on a une certaine reconnaissance professionnelle pour les raisons de sérieux que j’évoquais ; une reconnaissance institutionnelle également avec la Fondation Pierre Bergé, la galerie du jour - agnès b. parce qu’on joue un rôle joué par personne d’autre. Si vous venez à Perpignan passer quelques jours lors du festival, c’est une sorte d’opération commando tant on passe des journées extraordinaires faites de découvertes et de rencontres enrichissantes. Cela a de suite été reconnu par les professionnels, par le public et aussi approprié par la ville.


A : Combien de films sont présentés ?

S.P. : Une centaine de films dont une dizaine en compétition. Il y a deux jurys différents : un jury pour le film, un jury pour le livre. Ces jurys sont composés de personnalités très reconnues dans le domaine de l’art mais on essaye de faire un mélange pour qu’il n’y ait pas que des réalisateurs qui jugent les films par exemple. On fait appel à des artistes et écrivains dans les 2 jurys pour que cela anime les débats.


A : Et pour le livre ?

S.P. : Une soixantaine de livre sont présentés, dont une quinzaine en compétition. On arrive à réunir des livres assez rares. On se rend compte que le livre d’art est un objet dont l’achat est impulsif surtout quand on peut se le faire dédicacer par l’auteur.


A : Vous avez également développé un magazine annuel…

S.P. : Oui, autour du festival des activités annexes se sont développées, comme une librairie galerie dans laquelle on vend des revues assez rares sur la musique, la photo, l’art, espagnoles, anglaises, françaises … On fait également des résidences d’artiste toujours en lien avec un roman. L’artiste vient, produit une série d’œuvres en lien avec ses lectures. Enfin, on édite une revue Filaf annual qui comporte des interviews de personnes venues au festival ou qui gravitent autour de lui, des portfolios de photos, des investigations dans des bibliothèques un peu rares. Nous l’éditons en français et anglais mais cela reste plutôt une revue confidentielle.


A : De manière générale, quels sont les projets futurs du festival ?

S.P. : Actuellement, on prépare la prochaine édition. On s’occupe de l’aspect financier, il faut convaincre. Or, je crois que par effet exponentiel, on va pouvoir attirer des noms de plus en plus grands. On me dit que ce serait par snobisme mais j’ose espérer que c’est parce que ce que l’on fait les intéresse. Le but est d’accueillir des réalisateurs, des écrivains, qui nous intéressent et de les faire venir sous l’angle de l’art pour présenter des œuvres méconnues du public. Il y a des choses que l’on prépare depuis 2, 3 ans donc on a hâte de recevoir nos invités.


A : Toute cette organisation présente une charge de travail, du temps… Comment se présente l’équipe derrière tout cela ?

S.P. : Nous sommes une petite dizaine. En tant que président, j’ai 2 fonctions : faire le mendiant et essayer de parler au maximum du festival. Il y a des gens plus sérieux que moi qui structurent tout ça, quelqu’un chargé de la prospection des films, etc. Notre critère pour savoir si on se lance dans tel projet c’est : est-ce que c’est impossible ? C’était le cas pour Houellebecq. C’est un plaisir de réaliser des choses à priori irréalisables !


A : Le FILAF avait lieu en juin dernier, quel était votre coup de cœur cette année ?

S.P. : J’ai déjà cité Malapartida. En coup de cœur anticipé, je dirais le prochain roman de Aurélien Bellanger parce que c’est pour moi un des écrivains français vivants les plus importants. Dernièrement, il y a aussi eu Simon Evans, qui est un artiste méconnu américain, ayant exposé au Palais de Tokyo. C’est important d’ailleurs de pouvoir découvrir de tels artistes. Celui qui a découvert Picasso qui faisait des collages en 1905, 1906, c’est une autre chanson que le collectionneur richissime qui l'achète aujourd'hui… Il faut avoir une fraicheur d’esprit pour être le premier à voir le sens dans l’œuvre de tel artiste. C’est cet esprit, cette énergie, que j’aimerais avoir au festival. La curiosité c’est le moteur de l’art.


A : Parlant d’avant-gardisme, voire de cet esprit visionnaire… Que pensez vous de l’achat d’art en ligne ? De la démocratisation de l’art sur Internet ?

S.P. : Sans Internet, il n’y aurait pas d’art aujourd’hui. Comme l’indique Kenneth Goldsmith dans son roman "Wasting time on Internet", on ne pourrait pas vivre sans Internet. Sans Internet, on ne pourrait pas découvrir l’art. Sans Internet, je ne peux pas organiser le festival. Les galeries elles-mêmes sont itinérantes et ont besoin d’Internet. Elles ont des vitrines physiques mais elles vendent dans les foires. Ainsi, acheter de l’art en ligne ça ne me choque pas. De proposer une plateforme qui mette en relation galeries et amateurs est super ! Il faut également qu’il y ait un aspect curatorial. Par exemple, mettre Simon Evans à la une auprès de son audience. S’il y a un achat à faire en un clic, je peux alors craquer. La valeur ajoutée est dans la connaissance ou la distinction.


Crédits photo : Pascal Ferro

Lire plus
Nos Garanties

Livraisons garantiespar des transporteurs spécialisés
En savoir plus

Paiements securisés par carte bleue ou virement bancaire
En savoir plus

Retours gratuitsjusqu'à 14 jours
En savoir plus

Prix négociés auprès de nos galeries
En savoir plus

Leurs Expériences

"Artsper réunit le meilleur des galeries d’art du monde entier. Je peux ainsi faire mon choix depuis chez moi en toute sérénité."

Sébastien Robineau - Avocat

"Les conseillers sur Artsper m’ont guidé dans mon choix et ont été très réactifs à mes questions et dans le suivi de ma commande."

Vincent Dubois - Gestionnaire de fonds

"Artsper, c'est le choix le plus diversifié et le plus large d'oeuvres contemporaines accessibles. Mon JonOne, acheté sur Artsper, est un émerveillement quotidien."

Hubert de Brichambaut - Dirigeant d'entreprise