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Jean-Pierre Giovanelli « China Food »

Du 5 novembre au 28 janvier 2016

Galerie Depardieu

Galerie Depardieu

Nice - France

Présentation

Avec l’exposition China Food (nourriture chinoise), Jean-Pierre Giovanelli met en œuvre esthétiquement, avec la poétique qui le

caractérise depuis les années 70, ces symboles, ces métaphores, ces archétypes qui représentent d’une manière parfois ironique,

parfois amère toujours juste et frappante, la place que la Chine occupe aujourd’hui dans le monde.

Le protagoniste de l’exposition est le riz, dont il ne faut pas rire si l’on ne veut pas pleurer pour des lentilles, surtout en Chine, car

les Chinois sont les plus grands et anciens producteurs et consommateurs de riz cultivé dans l’Asie des moussons.

Il n’est ni blanc, ni noir, comme celui que l’on servait à la table de l’Empereur, ni comme celui qui a été obtenu en 1997 par de

mystérieuses alchimies dans la région de Vercelli, baptisé, de façon signiicative, Venere2. Ni blanc ni noir, donc, mais rouge !

Rouge comme un drapeau, une idéologie, le sang, la révolution, la passion, le désir ?

C’est au public de s’interroger et d’en prendre conscience.

Jean-Pierre Giovanelli, architecte, auteur d’installations multimédias, analyste des nœuds théoriques de la pensée sociopolitique

contemporaine, exprime sa vision du monde par le biais d’un langage qui relève à la fois de l’ordre du visuel, du sonore, du matériel

et de l’immatériel. Dans les années 70, il a appartenu au Collectif d’Art Sociologique, fondé en 1971 à Paris par Hervé Fischer,

Fred Forest, Jean-Paul ?enot. Il fut ami de Jean Baudrillard, penseur critique de la société de consommation et de la dépendance

de masse des fétiches marchands, des stéréotypes de l’image ; complice de Paul Virilio, écrivain, sociologue, urbaniste, précurseur

d’une esthétique de la disparition, théoricien profond et perspicace des effets déréalisants de la vitesse sur des individus constamment

suivis à la trace par des détecteurs électroniques, dépendants, infantilisés par une télécratie omniprésente et inexorable, par les an-
goisses du temps réel, par un futur qui ne cesse d’arriver pour ceux qui ne cessent de l’attendre ; interlocuteur de John Rajchman,

qui se demande où il est possible d’identiier dans l’art contemporain ce fondement ontologique du sens et de la vision qu’on per-
cevait dans une grande partie de l’art pré-médiatique et aussi comment il est possible de mettre en œuvre une ré-esthétisation de

la pensée qui ne se formalise pas dans un spiritisme virtuel, mais qui plonge ses racines dans cette aisthesis qui préexiste aux dis-
tinctions entre matière et immatériel, entre actuel et virtuel, entre nature et artiice.

Une bonne lecture de l’exposition China Food pourrait se faire en adoptant la logique paracohérente à laquelle a recours le philo-
sophe militant slovène Slavoj Žižek. Dans son analyse lacanienne de l’économie marxiste et du divorce persistant entre capitalisme

et démocratie, cet intellectuel, controversé pour ses idées radicales, se demande, avec une ironie certaine, pourquoi aujourd’hui la

Chine, ancien pays communiste, est le meilleur manager du Capitalisme. Il fournit par-là à Alain Badiou, qu’il apprécie, le prétexte

pour souligner sa position ambivalente par rapport à Mao Tsé-Toung. Le Maoïsme est toutefois marqué par le Taoïsme qui voit

dans l’opposition une igure de la complémentarité, car il affirme que la contradiction est le moteur de la nature, de la société, de

la pensée. Le système capitaliste de la Chine actuelle ne serait pas, dans sa vision des choses, la version exotique du capitalisme

vintage occidental, mais son miroir. Jean-Pierre Giovanelli lui croit que l’émergence de la Chine, dans le globalisme contemporain,

implique une privatisation du savoir collectif, l’appropriation des rentes provenant de l’exploitation des ressources naturelles. Cette

rélexion mène à repenser en profondeur le binôme démocratie/capitalisme à tel point que cette mise en question entrainera des

conséquences plus bouleversantes encore que l’avènement du numérique et des nanotechnologies.

Ce mariage insolite entre un capitalisme évident et un communisme particulier s’est révélé fructueux pour la Chine, qui a utilisé

l’autoritarisme même qu’elle voulait exorciser ain d’accélérer l’assouvissement du désir de l’homme-masse. Mao, par ailleurs, dé-

nonçait la bourgeoisie classique américaine, la bourgeoisie russe bureaucratique et n’ignorait point que la bourgeoisie se trouve à

l’intérieur de son propre parti.

Devant l’installation puissante, provocatrice, ironique et sacrale tout à la fois de China Food – titre qui laisse entendre que

l’Occident pourra devenir la nourriture de la Chine – le spectateur est invité à prendre conscience de la portée du phénomène qui

lui est présenté, des conlits qui existent dans un ancien pays communiste asiatique, qui domine aujourd’hui le pouvoir inancier

de la planète. Un pouvoir qui, tout en ayant accepté comme modèle de référence le capitalisme vintage occidental, d’origine états-
unienne, aujourd’hui en pleine crise, serait en train d’imaginer la manière de créer de nouveaux marchés, en sollicitant toutefois

sans cesse le consommateur, au point que celui-ci confond désormais liberté et libérisme, démocratie et despotisme.

La perspective de lecture d’un artiste français, comme l’est justement Jean-Pierre Giovanelli, pourrait faire référence d’abord à

cette idéologie du désir qui s’est exprimée à travers la voix de Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jean-François Lyotard.

Voici, sur son piédestal, le grand et corpulent Bouddha chinois, en ibre de verre opalescente, dénommé Pu-Tai ou Budai, qui

rigole en piétinant le drapeau des Etats-Unis entourant une besace pleine d’argent, de riz, de gâteaux, métaphore de l’abondance

et du succès : son pouvoir et sa richesse font de lui un triomphateur incontesté. La longue marche, (h1,5 x 3 m), entre en résonance

avec l’œuvre précédente en instaurant un contraste avec elle : la multitude des soldats survivants qui avance contre l’ennemi y est

représentée par des grains de riz qui se colorent progressivement de rouge, un rouge qui est le symbole du Communisme, mais

aussi du sang versé ; à gauche domine la igure, en noir et blanc, de Mao, coupé en deux verticalement. Underground/Monnaie

pour l’Enfer, sur un panneau en bois recouvert de satin peint, représente la monnaie accumulée par un puissant, ou de toute

manière par un personnage au grand charisme, donnée en offrande, selon un rite païen archaïque, pour le passage du monde des

vivants à l’outre-tombe, et censée garantir aussi l’accès à l’immortalité, au mythe.

la vidéo extraordinaire Mao sings the Blues ! est un moment fort de l’exposition. La igure austère de Mao se colore d’une humanité

et d’une empathie profondes, en reprenant les notes du spiritual afro-américain Go down, Moses/Descends, chanté par Louis Arms-
trong, qui l’avait enregistré avec la Sy Oliver's Orchestra en 1957 (dont Bob Dylan nous a donné une autre version inoubliable

dans son concert de Tel Aviv en 1987). L’ironie de cette vidéo se mue par son aspect poétique et solidaire en un contrechant à la

violence de l’esclavage et de la guerre.

Une autre installation exige la disponibilité d’une espace important : deux parois, format un angle, parsemées de riz rouge, avec,

en évidence, le célèbre petit livre. Au centre s’élève une pyramide de Baguettes, emblème explicite, dans l’imaginaire collectif, de

la France. Suspendu au-dessus d’un sol doré miroitant, un globe de riz blanc sur lequel apparait, en projection, l’icône représentant

Mao. ?ank you, Wall Street! Est le titre amèrement ironique de cette œuvre constituée d’une urne électorale en plexiglas dans la

fente de laquelle est placé un tract bleu clair où Vote à Madoff – l’escroc américain auteur d’une des plus grandes fraudes inancières,

conçue sur le système de Ponzi – est écrit en blanc sur fond rouge ; sur le fond de l’urne, un fer à repasser lisse et nettoie, ainsi que

le ferait une ménagère diligente, un billet d’un dollar.

La vision métaphorique/symbolique/allégorique se nourrit de l’image d’une Chine qui joue un rôle primordial dans la géopolitique

de la planète, d’un Empire du Dragon dont les hypothétiques pieds d’argile seraient simplement des projections d’un Occident

cherchant à se rassurer tout seul. Il est certain que les intellectuels chinois, contrairement aux occidentaux, ne cessent de se confron-
ter avec les choix et la pensée des autres dans les domaines de la politique, du social, de la inance, de la culture et de la science ;

entre-temps, des bruits courent sur la fuite vers l’Orient des lingots d’or de Fort Knox.

L’œuvre de Jean-Pierre Giovanelli compte parmi les principales de l’époque contemporaine – pour reprendre les mots de Paul

Virilio – car elle travaille à la persistance d’un espace d’apparition et de disparition du sensible, elle est toujours Substantielle, il

lui est impossible d’être Virtuelle, voilà la vertu qui interdit à cet artiste les délices du simulacre, ce spiritisme d’un art désormais

contemporain du désastre du progrès. Ses installations ne sont pas des œuvres conceptuelles, ainsi que notre époque ne cesse de le

répéter, mais simplement inertielles, car elles sont inscrites dans une résistance des matériaux qui est aux volumes et à la masse ce

que la résistance électrique est à l’énergie.

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Adresse

    Détails

  • 6, rue du docteur Jacques Guidoni
    06000, Nice
    France
    +33 (0) 966 890 274

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