Stéphane Chatry

Agent, collectionneur, commissaire d'exposition, expert,...

Agent, collectionneur, commissaire d'exposition, expert,... Stéphane Chatry cumule les casquettes malgré son jeune âge. Particulièrement reconnu dans le milieu de l'art contemporain et du street art, il a bien voulu répondre à nos quelques questions et a préparé une sélection sur le site d'Artsper!

{ARTSPER}: Agent d'artiste, commissaire d'exposition, collectionneur, producteur, marchand, expert, scénographe... vous connaissez l'art contemporain sous tous les angles, qu'est-ce qui vous a poussé à vous tourner vers le monde de l'art ?

{STEPHANE CHATRY}: Ayant passé mon adolescence dans la bande dessinée, j’ai d’abord un passé de dessinateur. A partir de 2000 j’ai exercé professionnellement en tant qu’infographiste dans différentes agences de communication parisiennes avant de devenir chef de projets. C’est à partir de 2006 que j’ai mis mon énergie créatrice au service des artistes avec pour point de départ la création du collectif «Objectif Bombe» avec le photographe Jean Cécé. C’est à travers la promotion, la production et la commercialisation des oeuvres du collectif que j’ai naturellement fait mes premières armes dans le marché de l’art qui est devenu ma profession quelques années plus tard, en collaborant avec différentes galeries d’art, institutions et collectivités. Depuis 2013 je suis devenu partenaire associé de la Galerie Patricia Dorfmann, ce qui m’a ainsi permis de travailler avec de grands artistes et découvrir l’engagement que je recherchais dans ce métier, cette expérience m’a également permis de commencer un travail avec l’historien d’art Marc Soléranski qui me permet d’enrichir mon interprétation de l’art contemporain en le situant dans son contexte historique. Les différentes étiquettes que vous énoncez sont en somme celles d’un galeriste à la différence que je ne possède pas mon propre espace d’expression à ce jour...

{ARTSPER}:Parlez-nous de votre métier “d’agent d’artistes”, quelle relation avez-vous avec les collectionneurs et les galeristes?

{STEPHANE CHATRY}:Agent tel que je le pratique nécessite un engagement fort et constant quasi-quotidien dont les fruits se récoltent sur le long terme. C’est uniquement dans la confiance et avec une complémentarité parfaite avec l’artiste que cette collaboration peut soulever des montagnes. Mon réseau en perpétuel évolution et mutation s’articule autour de collectionneurs, galeristes, institutions, médias avec qui j’entretiens une relation et une passion constructive et partagée. Ma motivation première est avant tout l’aventure humaine, les rencontres de tous horizons qui me prouvent chaque jour que l’art contemporain, souvent critiqué ou trop élitiste pour certains, a cette vocation à rassembler, faire échanger, débattre et partager. La relation que j’ai avec les collectionneurs et les galeristes quand j’ai simplement l’étiquette d’agent est une relation de confiance et d’expert du travail de l’artiste. Pour beaucoup d’artistes très concentrés sur leur travail, avoir un bon agent est un bouclier primordial pour leur évolution afin de ne plus être en première ligne, bénéficier d’un oeil extérieur permanent, de conseils, d’une écoute, l’union ne fait il pas la force? Donc cette relation que je peux avoir avec les artistes est inévitablement au services des galeristes et collectionneurs.

{ARTSPER}:Quels sont vos coups de coeur parmi les artistes que vous représentez en ce moment? Après Pierre-Loup Auger, jeune dessinateur au talent plus que prometteur, avez vous une nouvelle perle à nous présenter?

{STEPHANE CHATRY}:Andrei Molodkin,Malachi Farrell, Zevs, Baptiste Debombourg, Guillaume Bresson, Dran... J’étudie et analyse chaque jour ce qui a été fait et ce qui se fait aujourd'hui afin de desceller et éviter les pièges du marché. En affûtant perpétuellement son regard et son instinct on finit peu à peu par devenir exigeant en quête d’excellence plutôt que dans une accumulation désorientée. J’apporte autant d’importance à l'intégrité et aux messages humanistes des artistes que je défends qu'à la qualité et à l'originalité de leur oeuvre. Je suis touché par ces grands artistes hors normes dont la création semble illimitée, en perpétuelle évolution faisant preuve d’audace et de transgression. Donc ça reste quelque chose de très rare de rencontrer un nouvel artiste exceptionnel et de collaborer, peut être pourrais-je vous en dire plus les prochains mois...

{ARTSPER}:Un évènement artistique qui vous a marqué particulièrement marqué en 2014?

{STEPHANE CHATRY}:De ce que j’ai vu l’année passée, l’installation vidéo de Paul McCarthy sur son exposition «Chocolate Factory» à la Monnaie de Paris reste pour moi la plus jubilatoire. La réappropriation de son agression par des catholiques radicaux Place Vendôme lors de l’installation de sa sculpture, en oeuvre vidéo imposée en dernière minutes sur sa Chocolate Factory fut pour moi un coup de maître, ou comment utiliser la force de l’adversaire pour le mettre à terre. Il y a une citation qui illustre bien le fond de ma pensée «Les mouvements contre les problèmes, renforcent ces problèmes». Ce travail vidéo fourni par McCarthy souligne bien que l’art contemporain a cette force intellectuelle invitant à la remise en question par la création, ce qui me passionne et me motive personnellement.


{ARTSPER}: Pouvez-vous nous parler de l’exposition, présentant les artistes Baptiste Debombourg, Andreï Molodkin et Zevs, que vous exposez à la galerie Patricia Dorfmann de Paris du 31 janvier au 28 février ?

{STEPHANE CHATRY}: Il s’agit d’une exposition collective «Human Rights» sur les droits de l’homme qui me tient tout particulièrement à coeur que nous préparons depuis le mois d’octobre et qui tombe inévitablement à un moment bouleversant de l’histoire de notre pays. Cependant je suis très heureux d'inaugurer cet événement en ce mois que nous pouvons qualifier d’exceptionnel afin de montrer et souligner la force de l'art et du génie humain pour ouvrir le dialogue, débattre et pour la défense des droits de l'homme et de la liberté d'expression par l'art contemporain.


{ARTSPER}:Vous qui êtes autant en relation avec des artistes qu'avec des collectionneurs dans votre vie quotidienne, avez-vous observé un changement dans le profil des collectionneurs qui se rendent dans les galeries? Si oui, pensez-vous que l'introduction du street art dans le circuit du marché de l'art y soit pour quelque chose ?

{STEPHANE CHATRY}: Je suis actif depuis neuf ans et je ne pense pas avoir assez de recul et d’expérience à ce jour pour établir un constat sur ce sujet. Cependant je peux constater l'effervescence au fil de ces années du street art que je suis de près. Ce qui m'importe personnellement ce n’est pas l’effervescence du mouvement mais la qualité du travail des artistes. Travaillant depuis quelques temps de près avec l’artiste Zevs et connaissant maintenant très bien son oeuvre, qui était considérée déjà fin des années 90 comme «post-street art», reste encore une leçon donnée aux street-artists d’aujourd’hui présentant bien souvent une stérilité artistique déconcertante. Aujourd’hui le marché du street art est devenu un marché à part entière. Pour ma part, l’important ce n’est pas les «stars» des chiffres d’aujourd’hui mais ceux dont on parlera toujours dans une vingtaine d’année pour la révolution apportée dans l’art bien devant le prix de leurs oeuvres.


{ARTSPER}:Quels conseils pourriez-vous donner à un collectionneur débutant?

{STEPHANE CHATRY}: Les mêmes conseils que je donne aux collectionneurs de tout âges, de se concentrer sur la qualité du travail de l’artiste, son originalité, sa pertinence. Il y a dans un «grand artiste» quelque chose de hors normes et d'inexplicable contrairement aux «artistes business man» trop calculés. Il faut être bien conseillé et étudier les rouages du système pour ne pas se faire piéger. Une collection est toujours à l’image du collectionneur, c’est très révélateur. Les plus belles collections sont celles des plus passionnés, des plus engagés, ceux qui donnent un sens fort et humain à leurs achats, ceux qui grandissent avec leurs oeuvres imprégnées du message de leurs créateurs.

{ARTSPER}:L'art et son marché se tournent de plus en plus vers le digital, que pensez-vous du projet Artsper?

{STEPHANE CHATRY}:Votre plateforme est tout simplement une évolution naturelle et digitale du marché de l’art. Ca a été tenté il y a quelques années mais c’était trop tôt, aujourd’hui ça prend tout son sens car vous faites pleinement appel à l’intelligence artificielle que propose maintenant la technologie. J’utilise personnellement les réseaux sociaux et internet quotidiennement depuis près de quinze années et j’y diffuse et partage ce qui me semble bon pour tous. Dans cette nouvelle ère technologique l’art aura plus que jamais sa place dans l’évolution de l’humanité afin de déjouer les pièges tendus par les systèmes obscurs.

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