Romain Semeteys

Fondateur de Lechassis

{Artsper} Pourriez-vous nous retracer votre parcours ?
{Romain Semeteys} J’ai fondé Lechassis en septembre 2013, en parallèle de ma vie active dans le monde du conseil en entreprise. Après avoir reçu beaucoup de bons retours et d’encouragements, j’ai décidé de quitter mon poste fin 2014 pour me consacrer entièrement à ce projet qui me tient énormément à cœur.
Concernant mes études, j’ai suivi une formation complète de management en école : gestion, communication, marketing, etc., je suis donc assez à l’aise avec tout ce que les artistes ne veulent pas trop faire !. En parallèle de ce cursus j’ai suivi les cours du soir de l’école du Louvre pour approfondir mes curiosités de l’histoire de l’Art et enrichir mes connaissances.
Il s’avère que mes meilleurs amis d’enfance ont quand quant à eux suivi une formation en école d’Art (Ateliers de Sèvres, ENSBA, ENSAD, ECAL, etc.), j’ai donc baigné dans la jeune création durant toutes mes études et je préférai aller aux soirée des copains dans les ateliers, plus sympa ! J’ai rencontré pas mal de personnalités, commencé à collectionner de très jeunes artistes et de fil en aiguille, mon réseau s’est étoffé.

{Artsper} Pourriez-vous nous présenter Lechassis ?
{Romain Semeteys} Lechassis est la plateforme de soutien de la jeune création d’Art contemporain.
J’entends par plateforme plusieurs réalités et projets complémentaires : un magazine en ligne (critiques, chroniques, entretiens), un agenda et un guide entièrement dédiés à la jeune création mais également, des organisations d’évènements autour d’expositions.
L’idée première de Lechassis était de centraliser et de fédérer les initiatives qui mettent en avant les jeunes artistes (collectifs, salons, galeries, etc.) en éditorialisant du contenu spécifique sur notre site.
Aujourd’hui notre structure regroupe une dizaine de contributeurs, et nous mettons beaucoup d’énergie à nouer des partenariats avec des salons, biennales et galeries pour défendre la jeune création. Les ambitions sont assez grandes de notre côté.
Et puis à titre personnel, j’aimerais beaucoup plus travailler avec le secteur privé ou certaines marques pour soutenir de jeunes artistes. Il y a vraiment quelque chose à faire d’intelligent, car aujourd’hui les propositions artistiques (évènementiel, lancement de produit, etc.) sont souvent dévalorisantes pour l’artiste et n’ont pas vraiment d’intérêt esthétique. il y a des modèles hybrides à créer, notre génération doit y travailler.
Et puis d’ici la fin de l’année, nous allons lancer un « réseau de la jeune création » avec des lieux et identités que nous aurons sélectionnés, avec un guide et un outil dédié. A suivre !

{Artsper} Pour votre site vous collaborez avec des étudiants de Paris 8, c’est très innovant, êtes-vous satisfait de cette collaboration ?
{Romain Semeteys} En effet cette collaboration rentre dans le cadre de notre partenariat avec l’atelier « pratiques de la critique » de l’Université Paris 8 (sous la direction de Nathalie Desmet.)
L’idée est de publier des critiques d’expositions et des portraits d’artistes, en lien avec la jeune création, réalisés par les étudiants du Master. Je trouve l’idée intéressante d’initier une telle démarche car finalement les étudiants d’aujourd’hui seront les critiques de demain, et pour certains, de grandes plumes reconnues.Ces étudiants verront les artistes de leur génération évoluer, et vice-versa. C’est ça le concept de jeune création, un ensemble !

{Artsper} Comment décririeriez-vous la génération artistique actuelle?
{Romain Semeteys} Avant tout, concernant la jeune création, nous parlons de personnes qui sont soit encore étudiantes soit en « début de carrière », donc en général jusqu’à 35 ans. Après je préfère parler « d’émergence » plutôt, même si il n’y pas de vérités absolues sur ce point.
Cette génération de 25-35 ans (qui est aussi la mienne), que nous tenons à mettre en avant sur notre plateforme, présente bien sûr plusieurs aspects « caractéristiques ». Elle est, me semble-t-il, plus à même de promouvoir et d’affirmer sa démarche artistique, notamment grâce à la puissance de communication des réseaux sociaux. Mais parfois un peu trop, au détriment du travail en atelier…
Il est en fait très compliqué de décrire cette génération car chaque parcours, chaque caractère est unique, et c’est ce qui fait toute la beauté d’une personnalité artistique.
Cependant, je pense que la génération artistique actuelle se pose énormément de questions sur notre monde ultra connecté et sur la rapidité de nos interactions. Il est évident que les supports numériques, les vidéos ou encore les installations digitales prennent une place de plus en plus prépondérante dans les travaux que l’on peut voir, à l’instar du dernier salon jeune création fin 2014.

{Artsper} Quels sont à vos yeux les expositions ou évènements qui ont fait l’année 2015 ?
{Romain Semeteys} Il y’a bien sûr les évènements incontournables lorsque l’on suit de près la jeune création comme le salon de Montrouge, le festival Circulation(s), le prix Icart Artistik Rezo ou bien encore les portes ouvertes de l’ENSBA et ses remises de prix… Il y a eu de belles propositions.
Toute l’année est en fait rythmée par ce genre d’évènements, pour peux que l’on fasse un effort d’investigation. Ensuite il y a eu les « claques » visuelles de certains évènements en particulier, et pour moi la dernière en date est la récente exposition « le parfait flâneur », en marge de la Biennale de Lyon. C’est un hors-les-murs organisé par le Palais de Tokyo dans une ancienne usine de chaudronnerie, avec une douzaine de jeunes artistes de talent (dont certains sont des amis). Dans cette immense espace, certaines pièces prennent une envergure incroyable, une force visuelle brute et prenante.

{Artsper} Nous étions présents à votre exposition « La vérité est ailleurs » à la maison des ensembles et nous vous en félicitons, pourriez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

{Romain Semeteys} Merci beaucoup ! Effectivement l’exposition a eu un certain succès, surtout pour le soir du vernissage où il y a eu beaucoup de monde.
Il s’agit d’un projet que nous avons pensé et produit entièrement, avec très peu de budget, mais avec des artistes incroyables (Christophe Herreros, Arash Nassiri, Coraline de Chiara, Etienne Pottier et Léa Hodencq).
Sur quatre niveaux, l’idée était de construire une « déambulation fictionnelle » à travers un espace qui n’est pas vraiment dédié pour l’exposition. Un vrai challenge car le lieu n’était pas facile. Nous avons ainsi produit certaines œuvres pour l’occasion comme un néon de l’artiste Christophe Herreros ou des tirages photographique d’Arash Nassiri.
L’idée, comme la plupart de nos projets, était de proposer une exposition de qualité tout en gardant un côté fun et ouvert, avec la mise en place de concerts ou de Dj set. Un camion à Pizza était aussi présent, c’était assez fort comme expérience.
Attention, il va y en avoir d’autres rapidement !

{Artsper} Il semblerait que nous ayons en commun cette même volonté de démocratiser l’accès à la l’art : pourriez-vous nous raconter d’où vous vient cette envie ?
{Romain Semeteys} Mon envie est surtout de réussir à toucher à la fois un public très alerte et exigeant (artistes, collectionneurs, galeristes, etc.) et un public beaucoup plus large, moins ancré dans l’Art contemporain.
Pour cela il n y a à mes yeux qu’une seule solution : absolument garder des propositions artistiques fortes, pas forcément « facile d’accès » si il le faut, tout en faisant un effort sur la communication et la présentation.
La démocratisation est donc une ambition assez forte, mais surtout à travers un travail de communication au quotidien, pour toucher des personnes qui ne sont pas adeptes ou au courant de ce qui se fait dans l’Art contemporain.
Mais notre règle d’or : être intransigeant sur les propositions artistiques, ne pas tomber dans la démagogie pure et la paresse créative.

{Artsper}: Qu’est-ce que vous pensez des sites internet tels qu’Artsper pour l’achat d’oeuvres d’art en ligne?
{Romain Semeteys} Pour parler du marché de l’Art, je pense que le web va prendre une part de plus en plus importante et sérieuse dans les achats des collectionneurs.
Après je me rends compte que beaucoup de jeunes artistes sont très méfiants vis à vis des plateformes en ligne, ils n’ont pas confiance et doivent être rassurés sur les motivations de ces acteurs pour ne pas voir leur travail dévalorisé, et je les comprends. Mais le futur passera en partie par le web, j’en suis persuadé.
Je crois beaucoup au modèle mixte entre lieu physique et virtuel : une galerie avec des propositions assez libres et expérimentales, couplée à une plateforme web pour la vente.

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