ROMINA DE NOVELLIS

Artiste performeuse pluridisciplinaire


Du 16 octobre au 29 novembre, la Galerie Roynette propose une exposition intitulée "To be or not to be" présentant les performances de la performeuse italienne Romina de Novellis mises en regard de la vidéo "Silent Life" de Bill Viola, que l'artiste a rencontré l'an dernier à l'occasion de la rétrospective du grand vidéaste américain au Grand Palais.
Romina de Novellis est une artiste pluridisciplinaire qui est au départ danseuse professionnelle. Un profond questionnement sur la relation entre le spectateur et l’oeuvre d’art amène l’artiste à s’exprimer à travers les codes de la performance. Romina De Novellis travaille sur le concept du corps en procession installé dans l’espace public suivi par le regard des passants.

Artsper a eu la grande chance de pouvoir interroger cette artiste atypique sur la richesse de son oeuvre et sa dernière exposition révélant ses affinités avec Bill Viola.

Artsper : Vous présentez cette année une exposition qui met votre travail en regard de celui de Bill Viola que vous avez eu la chance de rencontrer l’an dernier; pouvez-vous nous parler des synergies entre vos performances et l’art vidéo de celui-ci ?

Romina de Novellis : La rencontre entre mon travail de performer et le travail vidéo de Bill Viola nous a permis de nous retrouver sur des thèmes communs tels que la peinture italienne de la Renaissance et la place de l’individu dans nos questionnements et nos œuvres.

Artsper : Quel dialogue souhaitez-vous instaurer entre « Silent life », « Fase Rem » et « Augurii », les deux performances que vous présentez à la galerie Laure Roynette ? Quels échos y’a-t-il entre ces trois œuvres ?

Romina de Novellis : « Silent life » c’est l’arrivée au monde, la naissance comme expérience et comme traumatisme, le corps s’impose, c’est la seule chose que nous reconnaissons de nous-même une fois que nous sommes sortis du ventre maternel. «Fase Rem » c'est la vie utopique, celle dont on rêve, symbole de la construction sociale que tout individu crée autour de son corps pour pouvoir vivre dans ce monde. « Augurri » c’est la fin des utopies, la mort, le moment où l'on redevient corps, sans projection de nous. Nous redevenons carcasse.

Artsper : Le tableau vivant est un dénominateur commun entre votre œuvre et celle de Bill Viola, mais vos performances sont plus physiques au sens où elles mettent d’avantage le corps en danger de manière totale dans la lignée de Marina Abramovic : que devez-vous à cette grande performeuse ? Qui sont les artistes dont vous vous sentez proche en termes de pratiques et de visions artistiques ?

Romina de Novellis : A Marina Abramovic je dois toute sa patience ! Elle a attendu des années avant de pouvoir être reconnue comme « Marina Abramovic ». Son art, son succès, son être en tant que femme, ont vieillis avec son corps avant d’être reconnus comme la « Grand Mère de la performance ». La performance nue dévoile la richesse et la frustration du temps. Un temps qui passe parfois trop vite, parfois jamais…. Je me sens très proche de Pina Bausch, de Pasolini, de Fellini, de Caravaggio, de Giotto.

Artsper : Votre parcours est incroyablement riche : danse, théâtre, musicologie, anthropologie et sociologie etc. Vous êtes la définition même de l’artiste pluridisciplinaire. Pouvez-vous nous dire comment toutes les pièces de ce puzzle se sont imbriquées pour arriver à l’artiste que vous êtes aujourd’hui ?

Romina de Novellis : Vous m’avez donné la réponse, je suis un puzzle ! Je me retrouve dans les désordres de toutes mes pièces, de toutes façons, quand je décide de les mettre en ordre, l’une rentre tellement bien dans l’autre que la cohérence de tout ce que je fais et je suis devient évidente.

Artsper : Vos performances réfléchissent sur l’emprisonnement du corps, les états de transe et de vulnérabilité : en quoi ces problématiques sont-elles fondamentales pour vous ?

Romina de Novellis : Dans la mesure où nous sommes tous victimes de nos corps en transe -par les rythme serrés de la vie quotidienne- et en cage -par nos choix personnels et professionnels. Il ne s'agit pas seulement de mes problématiques, elles appartiennent à tous !

Artsper : La durée, la lenteur voire l’immobilisme que requièrent vos performances induisent un état d’esprit second pour le regardant comme le regardé : comment se prépare-t-on à ce genre d’expériences ? Les spectateurs vous observent, mais vous aussi, vous les regardez : que se passe-t-il dans votre esprit?

Romina de Novellis : De mon côté, je ne suis pas une seule seconde en transe durant mes performances ! Je suis une danseuse, je m’entraine tous les jours pour que mon corps ne souffre pas trop et surtout pour que le spectateur ne lise pas la fatigue dans mon corps dans mes yeux. Je ne suis pas victime de mes actions, je suis totalement actrice de ce que je fais. Et le spectateur aussi est acteur: il choisit le temps qu’il veut dédier, à moi et à lui, pour chaque performance. Nous sommes dans un échange, dans un dialogue.

Artsper : Parlez-nous de la notion de présence dans vos performances : la vôtre, celle des spectateurs… Que se passe-t-il de vous à eux ?

Romina de Novellis : Je parlerais plutôt de crise de la présence dans mes performances. Cet argument n’est pas nouveau, car il fut introduit par l’anthropologue Ernesto De Martino à l’occasion de son ouvrage sur le « tarantismo » en Italie du Sud. La crise de la présence est un constat, un partage public de l’existence du performer et du spectateur. Durant une performance, nous sommes juste un miroir l’un de l’autre.

Artsper : Vous êtes nue, entièrement ou partiellement, pour un certain nombre de vos performances, vous vous exposez donc complètement aux yeux du public : qu’est-ce que la nudité représente pour vous, en tant que femme, dans votre art ? Vous êtes-vous déjà sentie véritablement en danger de par cette nudité ?

Romina de Novellis : Je me sentirais beaucoup plus en danger avec un sac et des chaussures de marque, car j’aurais peur qu’ils me les volent dans la rue ! J’ai produit 50 / 60 performances entre 2006 et 2015 et je suis nue sur seulement une dizaine de performances. Cela n'est pas la majorité… La nudité a une valeur lorsqu’on parle du corps. Dans ce cas-là, il ne s’agit pas d’être nue, mais de se mettre à nu. Le problème ne consiste pas dans le fait de se mettre à nu, le problème appartient seulement à ceux qui regardent, c’est le spectateur qui décide si le fait d’être nu est un problème ou pas.

Pasolini a dit : le refus d’être scandalisé c’est une attitude moraliste. C’est la morale qui détermine si mon corps est nu ou si je me suis mise à nu. Ces sont nos valeurs qui font la différence dans tout cela.

Artsper : Aujourd’hui, internet devient un outil crucial du marché de l’art autant pour la communication que la vente des œuvres. Or la performance est un genre qui se prête assez mal à la dématérialisation : comment voyez-vous les effets de ce phénomène sur votre pratique ?

Romina de Novellis : Je n’ai pas de site internet. J’ai seulement un compte Facebook et une adresse email, cela me permet de rester en contact avec mes amis les plus loin. Il y a beaucoup d’aspirant performers sur les réseaux sociaux, je les soutiendrais infiniment s'ils arrêtaient de performer virtuellement pour, enfin, vivre la vie réelle.

Il n’y a pas d’effet secondaire sur mon travail artistique, je pense qu’il n’y a juste pas de sens, dans une société virtuelle comme celle dans laquelle nous vivons tous, à faire encore de la performance. C’est pourquoi je continue à la faire, car cela est totalement incohérent dans le monde actuel.

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