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Christophe Laloi

présentation

Christophe Laloi est le directeur artistique du festival Voies Off, qui se tient début juillet à Arles, lors des Rencontres Photographiques d'Arles.

Le Prix Voies Off est un concours international de photographie ouvert à tous les photographes de talent dans le monde. Un appel à candidature a été lancé, les inscriptions se font en ligne jusqu'au 15 février 2017 inclus.

ARTSPER : Pour commencer, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?



CHRISTOPHE LALOI : Plus jeune, j’étais animé par un désir de création. J’ai joué de la musique, de la guitare principalement. J’ai beaucoup écrit et j’ai commencé à photographier aux alentours de l’âge de 16 ans. J’ai voulu faire assez tôt une école de photo pour m’orienter vers cette profession et en même temps je n’ai pas eu la possibilité à l’époque. Donc je me suis orienté vers l’histoire de l’art mais je ne me sentais pas l’âme d’un chercheur ou historien… J’avais envie d’être dans l’activité pleine et entière de la création donc je suis venu à Arles pour apprendre la photo à l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie. Ces trois années ont été extraordinaires… A l’époque, l’école d’Arles était une expérience qui est maintenant une référence pour l’enseignement de la photographie. C’est lors de ma 3ème année d’étude que j’ai décidé de reprendre l’idée d’un festival Off. Il y en existaient avant et qui avaient capoté. Ce n’était pas concevable dans l’esprit des Rencontres de ne pas avoir de festival off. J'avais beaucoup d’affinités avec le medium projection qui est le cœur du festival Voies Off. J’ai juste levé la main quand un professeur a demandé si quelqu’un voulait reprendre le projet. J’ai levé la main et 20 ans plus tard, j’y suis encore.


A : Comment avez-vous fait grandir le projet ?

C.L. : Cela s’est fait par un travail quotidien et acharné avec peu de moyens. Et cela a payé. Dans le métier que je fais aujourd’hui, j’ai plusieurs casquettes mais celle qui me convient le plus c’est celle de directeur artistique d’un festival qui présente une centaine de photographes par an. Si j’ai fait de la photo et de l’écriture, c’est parce que j’avais envie de parler du monde qui m’entourait. Aujourd’hui, ce n’est pas moi qui en parle mais je permets aux jeunes artistes d’en parler. Notre festival repose sur des valeurs. 20 ans d’ancienneté dans la photo c’est bien mais il s’agit de transmettre des valeurs qui sont une certaine forme d’humanisme et une certaine forme de subversivité. Au lieu de chercher la notoriété, on a cherché à travailler correctement dès le début. C’était tout d’abord une aventure puis c’est devenu une entreprise culturelle.


A : Quelles ont été les difficultés à surmonter ?

C.L. : Le manque de moyens. Aujourd’hui, la photo on parle de la vendre ; quelques personnes l’achètent mais ça n’a pas toujours été comme ça. Nous nous sommes battus contre les difficultés financières… Au début, c’était une bande de copains et au bout d’un moment, je me suis rendu compte que si on travaillait quand on le pouvait seulement, ça n’allait pas durer. Cette envie de professionnaliser les choses, on l’a réalisé petit à petit. On a embauché du monde. On a appris sur le tas. Je me suis retrouvé chef d’entreprise. Je l’ai fait avec plaisir. Aujourd’hui, quand j’y repense d’une certaine manière c’était presque naïf. L’exemple type : il y a 15 ans, quand on cherchait quelqu’un pour l’équipe, on demandait autour de nous et aujourd’hui, dès qu’il y a une ouverture de poste, on a des CV qui viennent de partout avec de très jolis parcours.
Cette histoire s’est aussi déroulée dans un quotidien ce qui a permis d’ancrer Voies Off dans la réalité et pas dans une question d’image. Aujourd’hui, on a 22 ans, on a présenté plus de 2000 artistes. Bien entendu c’est le off, on a pris tous les risques à ce niveau là. Il n’y a pas besoin de montrer un pedigree pour entrer chez nous, il faut montrer des images et si elles nous convainquent, on commence à fabriquer la notoriété des photographes.


A : Combien de personnes travaillent à la réalisation du festival chaque année ?

C.L. : C’est de l’événementiel donc on a une équipe à géométrie variable. Nous sommes 6 à constituer le noyau de l’équipe auxquel s’ajoutent des indépendants : graphistes, régisseurs, etc. Puis, selon les années et la nature du projet, 40 à 50 bénévoles sont présents sur le festival, pendant le temps fort, c’est-à-dire la semaine professionnelle des Rencontres.


A : Dans l’évolution du festival Voies Off, quels ont été les moments marquants ? Comment le situez-vous aujourd’hui par rapport aux Rencontres notamment ?

C.L. : Il faut bien comprendre qu’au début, cela a été un label, une programmation, la nôtre. Il y avait très peu d’expos - 2 ou 3 au maximum - organisées et portées par nous-même et surtout des rencontres à travers les lectures de portfolios et les soirées de projection.
Les choses ont surtout évolué avec François Hébel qui est revenu il y a une quinzaine d’années après avoir été 20 ans directeur de l’agence Magnum. Les Rencontres étaient un peu moribondes. Il y avait 9 expos. Bien sûr elles étaient connues du monde entier – l’aventure qu’annonçait Lucien Clergue reposait sur un contact direct avec Bresson, Doisneau, etc., les grands sont tous passés par là, le festival a marqué l’histoire de la photo – mais à cette époque, on se demandait s’il ne fallait pas le fermer. François a décidé alors de changer le format du festival. Avec le même budget de 700 000€, il est passé de 9 expos à 60. Cela a été assez fabuleux d’assister à cette transformation en quelques éditions. Le budget et le public ont été multipliés par 10 en quelques années. On a profité de tout cela mais on a aussi relevé le défi car tout le monde est là : journalistes, professionnels de la photo, etc.


A : Comment s’est développée l’idée d’intégrer les autres expos Off de la ville à votre projet ?

C.L. : Nous avons 20 galeries, 20 projets dans le off. Les Rencontres explosent, nous on est de taille médiane, situé entre les petites galeries et les Rencontres. On s’est dit on va se retrouver en concurrence avec tout le monde ce qui est idiot. Du coup, on a voulu jouer le jeu des synergies. On a agrandi le dépliant pour donner la moitié aux autres petites structures. Au début cela ressemblait à une prestation de services. On assurait la communication du off. Maintenant, de plus en plus, les galeries du off se reconnaissent dans notre projet. Au delà d’un achat d’espace, on va mettre en place une signalétique extérieure. On travaille sur les dossiers de presse, on essaye de faire en sorte que le public s’y reconnaisse. Après ce n’est pas un label. Si quelqu’un fait quelque chose, on communique dessus. Il y a des choses très belles, d’autres plus amateures certes mais le but est de proposer un programme avec l'ensemble des propositions.


A : Le projet qui anime Voies Off s’est donc transformé au cours du temps… Quelle est la mission essentielle des Voies Off ?

C. L. : Il est question de découverte de la jeune photographie. Pour le prix, nous n’avons pas de critères, on juge l’ensemble. Ce qui nous intéresse c’est une singularité couplée d’une préoccupation forte telle que le photographe trouve dans sa démarche toutes les manières d’y répondre. On peut représenter des photos sur papier glacé fine art ou des photocopies… La création ne s’arrête pas à sa forme.
Ainsi cette mission passe par des prix mais aussi par notre histoire. Il y a 7-8 ans on a commencé à être invité dans d’autres festivals partout dans le monde pour des lectures de portfolios. J’ai été étonné de la réputation de Voies Off chez les jeunes photographes et dans les festivals qui reprennent notre modèle de convivialité. Le côté festif crée des liens, il attire la jeunesse et crée une ouverture. C'est une manière d’attraper un public large.
A partir de là, la frontière entre le in et le off disparaît. On essaye de travailler avec des pointures dans une démarche de recherche de l’excellence que ce soit vis-à-vis des auteurs ou des commissaires. Cela nous semble naturel et c’est pour cela que les professionnels de la photographie nous connaissent. La Cour de l'Archevêché (où ont lieu les projections) est un lieu fabuleux, qui est à notre mesure. On y accueille 500 à 700 personnes quand on est plein. L’entrée est gratuite. Les gens peuvent venir par curiosité et la bière est excellente et pas chère. Cela permet à des gens qui ne connaissent pas bien la photo contemporaine de venir découvrir des choses très pointues où les plus grands responsables de photo se retrouvent également.


A : Comment le jury est-il constitué ?

C.L. : J’en fais partie pour défendre les choix de Voies Off, pour ne pas se faire voler notre vocation qui est de faire découvrir des choses qui nous tiennent à cœur. Sinon, le jury est international.


A : Pouvez-vous nous parler de votre galerie ? Dans quel but vous l’avez ouverte et quel est son fonctionnement ?

C.L. : La galerie est ouverte depuis 2007. On avait des locaux dans un vieil hôtel particulier dans le centre ancien d’Arles dont on se servait comme lieu de travail et stockage. A un moment donné dans le festival, on gère une « quantité » : des projections, 120 personnes, pleins de candidatures à savoir plus de 1500 dossiers de 75 pays. On regarde 50 000 photos pour sélectionner 60 photographes qui concourent pour le prix ! Face à cela, j’avais envie de créer cette galerie pour avoir des relations un peu différentes avec les auteurs au sein de la galerie. Ainsi, nous avons une galerie dédiée aux jeunes photographes principalement et un labo de tirage, contre collage et encadrement. En allant sur des salons, on s’est aperçu que sur Arles ce ne serait pas suffisant. On avait aussi envie de donner une identité à cette galerie et de la situer dans de beaux endroits : Slick Art Fair, London Art Fair, etc. Aujourd’hui, on édite des collections de portfolios dont certaines sont à vendre sur Artsper ! Ce sont des objets de très belle facture, des collections imprimées sur papier fine art tirées en édition limitée, numérotées et signées. On atteint un chiffre d’affaires satisfaisant dont la moitié provient des portfolios d’artistes. Quand on a fait le bilan on a vu qu’on faisait principalement vivre les artistes. C’est la raison également de notre présence sur Artsper : aller vers un public plus nombreux. C’est un balbutiement mais on aura tendance à faire beaucoup vivre les choses dans les années qui viennent sur Internet.


A : Quel a été le coup de cœur de l’édition précédente ?

C.L. : La chose à côté de laquelle il ne fallait pas passer c’était l’invitation du collectif Tendance Floue. Ce sont des photographes parisiens qui travaillent ensemble pour la presse et des projets éditoriaux. Ils sont revenus cette année pour un projet qui s’appelle Poesis. C’est une demie heure de projections qui compile leurs meilleures images des 10 dernières années. Il faut savoir qu’à un moment dans la presse, on voulait de l’objectivité mais il y en a qui se sont battus pour les visions d’auteur, des photographes qui plongent dans le monde avec une vision très subjective pour les partager avec les spectateurs. On retrouve exactement cela dans ce voyage de 30 minutes qui vous emmène ailleurs avec des images extraordinaires. Le propos tourne autour de comment les images et la poésie permettent de comprendre le monde plus en profondeur que les mots, de lire et comprendre le monde qui est autour de nous avec le cœur. C’était une soirée absolument géniale, un moment aussi fort que ça je ne l’avais jamais vécu chez nous.


A : Les projections sont-elles commentées ? Ou ce sont juste les images qui parlent ?

C. L. : Non, un réalisateur met le tout en musique. Il choisit des sons qui ne sont ni anecdotiques ni illustratifs tels qu’il y ait une réelle complémentarité entre le son et l’image.


A : Une dernière question : que pensez-vous de la vente d’art en ligne ?

C. L. : Il y a d’autres moyens de création qui se vendent plus facilement dans l’art contemporain. Dans la photo, on a besoin de la vente en ligne, c’est un moyen pour nous d’aller vers de nouveaux publics. L’argent c’est le nerf de la guerre. J’ai toujours vendu des choses depuis les débuts de Voies Off - que ce soit de la bière ou des photos. On a une vocation mais on est aussi là pour gagner notre vie. Ce qui est intéressant avec la galerie c’est de gagner ma vie mais faire gagner la leur aux artistes également. Lorsque qu’on est artiste et quelqu’un nous achète une photo, ça fait du bien au cœur et ça fait du bien au ventre. Le seul problème de la vente en ligne c’est que ce n’est pas toujours facile de s’y reconnaître. Il y a beaucoup de choses en ligne et dans cet immense marché où l’on trouve tout et rien, il faut essayer de trouver du sens.


Participez au Prix Voies Off 2017 :
Chaque année, Voies Off lance un appel à candidature pour tous les photographes émergents. 60 d'entre eux seront sélectionnés et leurs travaux présentés lors des Nuits de Projection du Festival Voies Off, en plein coeur des Rencontres d'Arles.
Trois prix seront également attribués, le Prix Voies Off : 5000€, le Prix Révélation SAIF : 2500€ et le Prix lacritique.org.
Envoyez votre candidature avant le 20 décembre. Plus d'infos sur le site de Voies Off.

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