Jean Rouaud prix Goncourt 1990 définit ainsi Gérard Eppelé.
- Comment va Eppelé ?
- Comme tout le monde, il va : c’est à dire d’un point de sa vie à un autre, selon une très ancienne loi de la nature qui veut qu’on s’en remette au temps. De ce diktat du temps, on ne se remet pas. Tout oeuvre d’art digne de ce nom dit cela. Et c’est pourquoi Eppelé dignement signe. Et persiste
- Quelle est votre passion Monsieur Eppelé ?
- Regarder la mémoire.
Pour nous Gérard Eppelé est un artiste majeur et la pénombre au travers de laquelle son travail est actuellement perçu n’obère en rien sa dimension et le fait qu’il sera très probablement appelé à retrouver la lumière. C’est un œuvre rare à plusieurs titres. Le premier est que l’artiste tout au long de ses soixante ans de carrière n’a pas varié dans son propos. Gérard Eppelé est un commentateur et il n’a eu d’autre ambition, comme le suggère Jean Rouaud, que d’établir une chronique des événements dont il a été le témoin. Ces sortes de notes prises au fil de sa vie sont d’ailleurs renforcées par le fait que chaque œuvre porte son numéro, attribué chronologiquement en ordre croissant. Parallèlement ces numéros sont consignés dans des cahiers et constituent à la fois un certificat d’authenticité et l’ossature de ce qui pourrait devenir un catalogue raisonné. Cette structuration montre que nous avons ici affaire à un œuvre éminemment personnel, à une forme de journal intime qui dégage un sentiment de flux inextinguible par la profusion de ses pages lesquelles savent toutefois se maintenir dans les limites d’un propos permanent et montrer une constance de mérite. De fait la caractéristique la plus significative et la plus éminente du travail de Gérard Eppelé est son homogénéité. Mais l’œuvre est également singulièrement propre dans son ordonnancement et dans son graphisme. Une œuvre de Gérard Eppelé se reconnaît tout d’abord au trait. Celui-ci est cursif, multiple et comme suspendu dans l’espace. Sa densité engendre des contrastes qui révèlent les formes là où le trait classique les détoure. Les configurations générales apparaissent rapidement mais il faut du temps à l’oeil pour décrypter les détails..Témoin de son temps, tel le petit observateur qui sillonne la presque totalité de ses oeuvres, Gérard Eppelé parcourt le monde, jette sur lui un regard étonné, essaye de le comprendre et assiste, médusé, au destin tragique des hommes.
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