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ERIC NAULLEAU

Chroniqueur

Vous l'avez connu dans l'émission "On n'est pas couché". Éric Naulleau est un éditeur, essayiste, traducteur, critique littéraire, chroniqueur, animateur de télévision et de radio.
Il a accepté de répondre à nos questions et de nous présenter sa sélection coups de coeur.

{Artsper} : Pouvez-nous raconter rapidement votre parcours ?

{Eric Naulleau} : Je suis né par un petit matin venteux au début des années 60 en Allemagne. C’est important d’un point de vue métaphysique : quand vous ne parlez pas la langue de votre ville natale. J’ai passé mon enfance dans le sud ouest, j’ai contracté le virus de la littérature très tôt et j’ai l’impression d’avoir fait que ça toute ma vie : lecteur, mais sous des noms un peu différents. Collégien, lycéen, étudiant, et la plupart de mes métiers sont axés autour du livre. En effet, j’ai été attaché parlementaire, rédacteur en chef d’une revue, éditeur pendant une quinzaine d’années, traducteur (du Bulgare au Français), prof, et aujourd’hui chroniqueur et animateur dans le domaine culturel, donc cela consiste à lire et écrire. Paradoxalement, à la télé, on écrit beaucoup. Ma vie est très linéaire. Que des métiers pour lesquels je n’ai jamais été formé, mais tous en rapport avec la littérature.


{Artsper} : Quel est pour vous l’importance du moyen de médiation qu’est le livre et la littérature en général ?

{Eric Naulleau} : Pour les gens de ma génération, c’est le média principal. La télé existait déjà certes, mais ça ne ressemblait vraiment pas à ce qu’on a aujourd’hui et Internet était encore au stade de projets de laboratoire. Donc pour ma génération, le média presque unique, c’était le livre et ça l’est resté. Je vois que ça n’est pas seulement une question de génération puisque le livre reste très vivant en France. Par exemple, le livre électronique accroche très moyennement, par rapport à d’autres pays. C’est une question culturelle surement : il y a en France un culte du papier, du livre. Il faut dire que le livre est un objet très réussi : c’est étonnant qu’on est réussi à lui trouver une forme aussi parfaite. Pour moi, tout est venu du livre. Je suis par exemple passionné de l’Europe de l’Est mais j’ai lu des dizaines et des dizaines de livres avant d’y mettre les pieds. Ca reste donc pour moi le média principal. Pour moi, tout ce qui est écrit est plus sérieux. Nous sommes également dans un pays où politique et littérature sont très mêlés. D’ailleurs, c’est un peu notre problème : on préfèrera toujours une phrase bien tournée à une phrase juste. Il y a également toute une politique de lecture publique en France avec un réseau phénoménal de médiathèques, un salon du livre, une rentrée littéraire, un réseau de librairies qui, malgré tout, résiste bien mieux qu’ailleurs, etc. Tous ces efforts font également du livre un média principal. Je trouve ça plus dur d’écrire un livre, que de préparer une émission : ça demande un tout autre travail, quelque chose de plus intime certainement, plus exigeant.


{Artsper} : Pour parler de votre livre, comment pourriez-vous définir en quelques mots ce qu’est un « Parkeromane » ?

{Eric Naulleau} : Un Parkeromane, c’est quelqu’un qui est tombé amoureux musicalement d’un artiste : Graham Parker. Totalement par hasard, mon copain de lycée, Yves Calvi, a mis sur sa chaine un disque de Parker et, je ne saurai expliquer pourquoi, mais ça a fait quelque chose en moi. Cela fait maintenant 40 ans que je suis devenu Parkeromane, pour toujours. J’ai été d’abord un fan, puis son éditeur, son ami, et maintenant je monte sur scène avec lui. C’est une maladie qui s’aggrave, j’essaie qu’elle soit contagieuse et le livre en est le virus.


{Artsper} : Pourquoi la ville de Minneapolis et son musée d’art moderne ont-ils une place très importante dans votre livre ? Il s’agit presque d’un des personnages principaux du livre. Pourquoi ce choix ?

{Eric Naulleau} : Tous les ans, à la même période, je vais à Minneapolis assister à l’un des concerts de Graham Parker. Minneapolis, quand vous y êtes une semaine, vous finissez par avoir vos habitudes : votre café préféré, un club préféré et un musée. Tous les ans, je vais faire un tour au Walker Art Center qui dispose d’un fond et d’expositions temporaires de qualité. C’est sans doute le seul musée, avec Le Louvre en France, que j’ai le plus visité au monde : une grande partie de ma culture d’art moderne et contemporain vient du Walker Art Center. Ce qu’il y a de formidable, c’est qu’il y a également un espace d’art en plein air, autour du musée, où l’on trouve différentes sculptures comme l’emblème de la ville, par exemple.

Lors de ma dernière visite au Musée, l’an dernier, j’y ai découvert une nouvelle œuvre : un banc en granit sur lequel on pouvait lire des inscriptions à l’air menaçant. En me rapprochant, je vois qu’il s’agit d’un « don d’un habitant anonyme » avec plusieurs citations de Jenny Holzer inscrites. Je me suis donc procuré le livre qui s’est révélé être très angoissant. Le spectacle avec Parker se termine avec ses extraits et je termine avec « Il y a des périodes où il est évident que vous avez fait fausse route. Parfois, il s’écoule un généreux laps de temps avant que quelque chose de mauvais n’arrive. » en répétition. Quand on joue pour la première fois ensemble, la 1ère mondiale avec Parker à Cognac au Festival des littératures européennes, j’ai répété cette phrase pendant 9 minutes sur tous les tons pendant que Parker jouait un morceau très inquiétant également. Ce qu’il faut savoir c’est que cela se passe le 20 novembre, une semaine après les attentats du 13 novembre : le contexte n’était donc pas forcément favorable, le climat était un peu tendu. Pourtant, le public a été très réceptif : toute la tension post-attentat a été capturée par les mots de Jenny Holzer, la musique de Parker et l’obscurité. Pour conclure, à chaque fois que je vais visiter le Walker Art Centre, j’y trouve quelque chose d’intéressant.


{Artsper} : Quel est votre lien avec l’art contemporain ? Comment le goût de l’art vous est-il venu ?

{Eric Naulleau} : Je ne viens pas d’un milieu lié à l’art contemporain, c’était très classique. L’éducation que l’on recevait n’était pas très axée sur l’art contemporain. Je pense que c’est venu beaucoup avec ma découverte du surréalisme littéraire : le surréalisme pictural est alors venu en même temps. Encore aujourd’hui, De Chirico reste l’un de mes peintres préférés avec sa peinture métaphysique et les peintres surréalistes en général. J’ai découvert l’art contemporain avec le Centre Pompidou surtout. L’art contemporain est pour moi plus lié à des lieux comme le Jeu de Paume, par exemple.
J’aime beaucoup les musées américains : on peut y voir un peu de tout en un seul endroit. Je découvre beaucoup de villes américaines par les musées, comme la ville de Bâton Rouge. Je ne suis pas quelqu’un qui va faire toutes les galeries, il y a trop de profusion. En ce qui concerne la possession d’œuvres d’art, j’en ai quelques unes mais elles m’ont souvent été offertes comme une œuvre de Jef Aérosol. J’ai également beaucoup de photographies de Jacko Vassilev pour qui j’ai édité un livre « Bulgares ». J’ai également une grande œuvre de Maxime Kantor, écrivain et peintre russe.
Mais je ne suis pas réellement collectionneur d’art contemporain, ce sont surtout des choses que l’ont m’a offertes. En revanche, il y a une forme d’art pour lequel je suis collectionneur : les planches originales de bandes dessinées.


{Artsper} : Que pensez-vous de la vente d’art en ligne et des projets comme Artsper ?

{Eric Naulleau} : Tout est en ligne, donc on ne peut pas s’y opposer, c’est un phénomène qu’on ne peut éviter. Cela permet également de rapprocher du monde de l’art des personnes qui en sont éloignées. Nous sommes entrain d’hésiter sur la prochaine exposition qu’on va aller voir tellement il y a de profusion, alors que certaines personnes n’ont pas à se poser la question. De toute façon, la dématérialisation est une des seules chances pour se faire connaître que ce soit pour les peintres, mais également pour les musiciens par exemple. Tout se fait par internet. J’y suis donc entièrement favorable.

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