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Rencontre avec Thomas Hug

Échange passionnant avec le directeur d'artgenève et artmonte-carlo

Rencontre avec Thomas Hug - illustration 1

La foire artgenève

En tant que fondateur et directeur de la foire d'art contemporain artgenève et de sa petite sœur artmonte-carlo, Thomas Hug s'est imposé comme un pilier du marché de l'art international dans les dernières années. Mélomane et gastronome, il multiplie les terrains de jeux avec adresse et créativité, afin de proposer à un public grandissant des événements à la saveur unique. À l'occasion des 10 ans d'artgenève, Artsper est parti à sa rencontre...

1. Qu'est-ce qui vous a poussé à commencer l'aventure artgenève ?

J'ai grandi à Genève et j'ai passé ma vingtaine à Berlin, où j'ai notamment fondé une galerie avec laquelle j'ai participé aux foires d'art internationales. Avec cette double expérience et après quelques années de cette activité, conscient du fort potentiel genevois et romand en termes de collectionneurs, la création d'un salon pour la région romande s'est imposée comme une évidence. L'homogénéité des revenus de notre population, permettant l'acquisition d'œuvres d'art, était déjà un atout peu fréquent. La force du marché suisse me semblait ensuite permettre la création d'une seconde plateforme, au-delà d'Art Basel. Il fallait simplement que cette dernière soit complémentaire et d'un autre format. Elle devait aussi prendre place à une date la plus éloignée du salon bâlois, dans la mesure où un grand nombre de galeries participent aux deux salons. Nous avons choisi fin janvier, une période à laquelle beaucoup de visiteurs transitent par Genève pour se rendre dans les stations de ski environnantes. De plus, la situation géographique de Genève est attractive, elle relie aisément les visiteurs venant de l'Italie, de Paris, de la Suisse alémanique et bien entendu ceux des stations alpines de prestige. Enfin, d'autres aspects de Genève comme les ports francs et les partenariats possibles dans le milieu financier et du luxe ont favorisé la décision de créer ce nouveau salon.

2. L'année 2022 marque le 10ème anniversaire du salon. Comment regardez-vous le chemin parcouru depuis la 1ère édition ? 

La singularité de notre salon d'art était présente dès les débuts de l'aventure. En effet, nous avons d'emblée créé une plateforme qui accordait une belle visibilité aux autres acteurs institutionnels du monde de l'art, au-delà des galeries. Nous avons ainsi su créer un véritable dialogue entre le monde du marché et le milieu institutionnel.

Dans un premier temps, nous avons grandi, passant de 25 galeries à environ 80 aujourd'hui. La demande étant grandissante, nous aurions pu en accueillir davantage. Mais cette quantité contrôlée de galeries est voulue, notre but étant d'offrir une plateforme à taille humaine, en contraste avec les grandes foires internationales. Le plus important pour nous était de croître qualitativement, et nous accueillons après ces 10 ans d'évolution les plus grandes galeries mondiales ainsi que les institutions les plus prestigieuses.

La quantité et la qualité des visiteurs ont suivi cette évolution. Nous sommes passés de quelque 4 000 visiteurs en 2012 à près de 30 000 entrées en 2020. Au début du salon, nous comptions avant tout sur les collectionneurs régionaux, et c'était bien là la raison de la création du salon. Nous attirons maintenant des collectionneurs venant de tous les pays d'Europe. Nous avons en une décennie su développer des partenariats sur le long terme, forts et essentiels à notre ambition.

Rencontre avec Thomas Hug - illustration 1
Rencontre avec Thomas Hug - illustration 1

Des expériences gastronomiques et artistiques uniques accompagnent artgenève

3. Quel a été le plus grand challenge rencontré par artgenève depuis sa création et comment l'avez-vous relevé ?

À la création du salon, peu de gens croyaient à cette initiative. Ceci en raison de l'existence dominante d'Art Basel. J'ai dû proposer une exposition d'un autre format. J'ai labellisé « salon d'art » ce format à taille humaine, créant un dialogue entre le monde du marché et le milieu institutionnel de l'art.

Il a été également essentiel de trouver une date opportune dans le calendrier des grands événements internationaux. Avec fin janvier, nous avons trouvé ce moment rare qui nous permettait d'exister internationalement, et ce d'une manière unique.

Ensuite, les événements hors-les-murs et annexes sont un élément décisif lors de la création d'un moment fort dans la région concernée. Au début d'artgenève et dans le cadre de son programme VIP, les collectionneurs genevois et romands étaient frileux de dévoiler leurs patrimoines aux professionnels et collectionneurs venant d'ailleurs. Petit à petit, ils se sont montrés fiers de ce salon et se sont impliqués avec passion dans son développement.

Il a fallu aussi pouvoir compter sur l'entière collaboration des musées et espaces d'art de notre région, afin qu'ils réservent leurs moments forts pour la période du salon. Désormais toutes ces forces sont jointes et le salon semble fédérer tous ces acteurs.

4. Vous êtes également musicien et fin cuisinier. D'ailleurs, vous aimez faire dialoguer ces différents arts lors d'événements satellites autour d'artgenève. L'intersection de ces différents domaines artistiques fait-elle partie de l'ADN du salon ?

En effet, j'ai étudié la musique classique (musicologie, piano et composition). La section « artgenève/musique » existe depuis la création du salon avec des événements hors-les-murs comme par exemple des soirée performatives musicales d'artistes contemporains dans des salles de concert mythiques comme la Philharmonie de Berlin ou encore au Teatro Goldoni pendant la Biennale de Venise. Cette section se déploie aussi sur le salon avec cette année une section entière d'artgenève dédiée à l'art sonore : Chamber Music.

Quant à la gastronomie, elle est depuis plusieurs années bien présente sur le salon avec notamment un gigantesque dîner qui se tient entre les expositions du salon et regroupe plus de mille convives. Nous invitons régulièrement des chefs à s'exprimer sur différents événements du salon. Depuis 2020, nous allons plus loin en proposant des restaurants éphémères hors-les-murs, offrant aux clients des scénographies artistiques immersives. Nous avons nommé ces pop-ups « artgenève/Nightfall ». Le dernier en date a par exemple mis à l'honneur l'artiste Isabelle Cornaro avec des vidéos transformant le lounge du Mandarin Oriental de Genève.

Les Nightfall vont s'exporter au-delà de Genève et de la Suisse en 2022, avec un véritable festival d'art et de gastronomie parisien. Il regroupera une dizaine de collaborations entre des chefs et des galeries parisiennes début juillet, pendant la Fashion Week de haute couture. 

Rencontre avec Thomas Hug - illustration 1
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À gauche : artgenève / À droite : artmonte-carlo

5. Comment vous placez-vous par rapport aux autres événements du calendrier des foires, par exemple Art Basel ?

Comme dit plus haut, nous qualifions notre projet de « salon d'art »: une foire à taille humaine mais étant en même temps un véritable forum, donnant une réelle visibilité à tous les acteurs du monde de l'art contemporain. Nous regroupons et faisons dialoguer les galeries avec les musées, les Kunsthalle, les fondations, les collections publiques et privées, les écoles d'art, les résidences d'artistes, les prix d'art, des Art Talks etc. Pour être concret, des galeries comme Pace, Gagosian, Hauser & Wirth ou encore Perrotin côtoient des musées comme le Centre Pompidou, la Royal Academy de Londres ou la Fondation Beyeler de Bâle.

6. Comme vos pairs de la FIAC, TEFAF ou Art Basel, vous avez été contraint en tant que directeur de la foire d'être flexible ces deux dernières années. Malgré tout, quelles conséquences positives cette pandémie aura-t-elle eu sur le marché de l'art selon vous ?

Il me semble que la pandémie a surtout mis en évidence la grande chance que nous avions en temps normal d'être confrontés physiquement aux œuvres d'art et de pouvoir se rencontrer entre professionnels et amateurs d'art. En ce qui concerne mes activités plus précisément, la pandémie nous a amenés à poursuivre et renforcer l'activité hors-les-murs et pendant le reste de l'année d'artgenève. Il était important pour nous de garder le contact avec notre clientèle et de continuer à la développer, grâce à des événements plus restreints et diversifiés, compatibles avec les restrictions de la pandémie. Cette période nous a également permis de nous concentrer sur une initiative d'artgenève, à savoir la nouvelle biennale de Genève, Sculpture Garden, qui se déroule en plein air et est ainsi parfaitement compatible avec les restrictions mises en place par le gouvernement.

7. Artgenève puis artmonte-carlo, bientôt artmoscow/curated... Comment définissez-vous les différentes identités de ces événements ? Pensez-vous déjà à investir d'autres pays dans les prochaines années ?

Le dénominateur commun de ces projets est ce label de « salon d'art ». artgenève reste le salon mère en termes de taille et de richesse d'acteurs. artmonte-carlo est d'un format plus restreint mais extrêmement qualitatif, qui tisse des liens forts avec toutes les expositions institutionnelles de la côte d'Azur et de l'Italie du nord. La logique de création de ce salon monégasque est similaire à celle d'artgenève, dans la mesure où nous proposons une alternative aux événements parisiens sur la Côte d'Azur, tout comme artgenève venait combler une niche en complémentarité à l'activité bâloise et zurichoise. artmoscow/curated adopte quant à lui un format nouveau en proposant une plateforme commerciale mais complètement curatée, et ce de surcroît dans un musée. Nous emmènerons à Moscou les galeries qui nous font confiance sur Genève et Monaco. Contrairement aux salons genevois et monégasque, il n'aura pas lieu chaque année. Nous adopterons ce rythme pour les salons que nous allons implanter dans de nouvelles destinations. Mais je ne peux pas encore vous en dire plus !


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