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Rencontre avec Gwendoline Finaz de Villaine

Chanteuse, écrivaine et peintre

Rencontre avec Gwendoline Finaz de Villaine - illustration 1

Un portrait de Gwendoline

Artiste complète et accomplie, Gwendoline Finaz de Villaine joue avec nos sens : elle chante, écrit et peint. Des Folies Bergères à la Place du Panthéon, son art honore les grand.e.s artistes qui l'entouraient autrefois et l'inspirent aujourd'hui. Avec Artsper, rencontrez l'artiste à la poésie inépuisable…

1. Bonjour Gwendoline ! Peux-tu nous parler de ton parcours pluridisciplinaire et de ce qui t'a poussée à te lancer dans l'art pictural ?

Bonjour Artsper et merci pour cette interview. J'ai toujours beaucoup dessiné, en parallèle à la scène et à l'écriture. Je viens d'une famille d'artistes, mon grand-père était chansonnier – ami de Jacques Brel – et mon père danseur contemporain, devenu ensuite psychanalyste et psychothérapeute. L'art sous toutes ses formes a fait partie intégrante de mon éducation. Dans ma famille, on encourageait la création permanente, c'était même ce qui était le plus respecté, la capacité d'invention : composer des morceaux au piano, coudre des vêtements, créer des décors, peindre des tableaux. Il n'y avait aucune limite à l'hyper-créativité. J'ai remporté un premier concours de dessin à dix ans, puis deux rencontres ont jalonné ma vie au plan pictural : une professeure d'arts plastiques exceptionnelle au Lycée Henri IV, et la découverte de Pierre Alechinsky à Sciences-Po Paris. Lorsque j'avais quinze ans, nous avons visité la Fondation Pi à Nantes qui s'occupait de jeunes psychotiques. L'une des patientes de l'institution réalisait des tableaux à partir de petites spirales au stylo à bille bleu, d'une beauté fascinante, qu'elle exécutait des heures entières, sans trêve, comme hypnotisée par son ouvrage. Je crois que j'ai été profondément marquée par cette démarche qui semblait lui faire du bien, et dans laquelle je me retrouve aujourd'hui avec mes grains de caviar. Il y a quatre ans, nous avons emménagé à Garches sans savoir ce que nous allions mettre sur les murs, et je me suis toujours jurée, depuis mon enfance, de décorer ma maison avec mes propres œuvres. Cela a été le déclencheur de ma peinture.

2. Tu ne te limites pas à un seul domaine, ce qui rend ta carrière extrêmement inspirante. En tant que femme artiste, quel message souhaites-tu faire passer à travers tes créations ?

Mon langage naturel, originel, c'est le chant. Et je crois que cela se ressent dans mes créations. Vingt ans de musique, de la Maîtrise Radio France aux Folies Bergère, en passant par les scènes de Shanghai, du Zénith ou les plateaux de télévision, j'ai compris que l'expression artistique, le souffle qui émane de vous, se fixe de diverses manières… Mais c'est toujours la même expression, qu'elle soit vocale, écrite ou picturale. Ma peinture est une musique mise en papier, c'est une synthèse de longues études classiques et d'une fantaisie tardive, une crise d'adolescence retardée. Je suis une bonne élève qui a mal tourné : après Sciences Po, j'ai quitté HEC pour devenir chanteuse, et j'y reviens vingt ans après pour faire la fresque des 140 ans d'HEC Paris ; je crois beaucoup aux chemins de traverse et j'encourage tout le monde à ne pas obéir aux règles, à suivre son propre jugement. « L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie », disait Goethe. Seul compte l'instinct et le rapport passionnel que l'on entretient avec la création. Je suis guidée par le plaisir et la liberté. Si vous n'éprouvez plus de bonheur dans un secteur, changez !

Rencontre avec Gwendoline Finaz de Villaine - illustration 1
Rencontre avec Gwendoline Finaz de Villaine - illustration 1

À gauche: Fresque HEC © Marchlewska, à droite: Les Carmes Haut-Brion, Gwendoline Finaz de Villaine © Philippe Labereguerie

3. Peinture, écriture, musique… D'après ton expérience, comment ces pratiques artistiques se rejoignent et s'influencent ?

Ma peinture est une synthèse, une sorte de partition personnelle, de manuscrit à l'acrylique, de thérapie par l'image, toujours obsessionnelle. Je suis très heureuse de m'autoriser la peinture à plus de quarante ans, après quinze ans de scène et d'écriture, car toutes ces disciplines sont intimement liées et ont fait ce que je suis aujourd'hui. La peinture est d'une puissance exceptionnelle en ce qu'elle révèle un miroir psychanalytique implacable au visiteur. Un tableau, c'est l'inconscient à ciel ouvert de l'artiste. On peut cacher des choses avec sa voix et l'écriture, par la technique, en travestissant ses personnages, en changeant les noms. On ne peut pas tricher avec la peinture. Il m'arrive de revoir des tableaux deux ans après et d'y décrypter mon état comme une cartomancienne lirait les lignes de la main, comme un égyptologue déchiffrerait un papyrus. Mes premières dames de cœur, par exemple, ont des larmes qui coulent. C'est un accident inconscient du tableau lorsque je l'ai redressé à la verticale, que j'ai transformé en expression lacrymale, mais cela révélait aussi ma transition et un état moins heureux qu'aujourd'hui. La peinture est franche, ce n'est pas un art invisible comme le chant vocal, ni un art qu'il faut « dérouler » comme la musique où l'écriture. C'est l'art de l'impact immédiat, du coup de feu, et j'adore cela.

4. Peux-tu nous parler de ton processus de création et de ta technique de prédilection, que tu qualifies d'« encre caviar » ?

L'encre caviar est venue à moi en 2019, alors que je m'intéressais à l'ésotérisme et aux sciences parallèles. J'avais eu un crush sur le travail du peintre japonais Akinori Haga au Musée des Arts décoratifs, et de retour de l'exposition, je me suis mise à dessiner ces petits motifs pointillistes, cette toile arachnéenne peuplée de constellations biomorphiques et de symboles équivoques. L'encre caviar, c'est du tatouage sur papier à la manière des Yakuzas au Japon, qui pratiquent l'art ancestral de l'irezumi, que l'on peut traduire par « insérer de l'encre » sur la peau. Je ressens une grande communauté d'âmes avec les artistes japonais, au premier rang desquels Yayoi Kusama. Mon encre caviar, c'est une forme d'expression intime, une sorte de peinture automatique qui finit par devenir une signature.

Rencontre avec Gwendoline Finaz de Villaine - illustration 1
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À gauche: Œuvre en l'honneur de Joséphine Baker devant le Panthéon, à droite: Hold On !, Paris

5. Le 3 juin 2022, tu dévoilais l'œuvre Joséphine face au Panthéon. Qu'est-ce que cela fait, de travailler sur une fresque monumentale de 1000 m2 ?

J'ai la chance d'avoir rencontré deux femmes exceptionnelles : Sophie Lecourt, qui s'occupe de la culture à la mairie du Vème, et Florence Berthout, la maire du Vème arrondissement. Ces deux personnes œuvrent de manière remarquable pour la culture à Paris, avec de l'audace et une véritable vision. Elles m'ont commandé une création pour le septième Festival Quartier du Livre parrainé par Eric-Emmanuel Schmitt et nous avons pu déployer ce projet extraordinaire sur la Place du Panthéon, à l'occasion de l'anniversaire de Joséphine Baker, le 3 juin. L'idée originelle était de proposer une toile puzzle qui puisse être découpée le soir-même et offerte en morceaux dédicacés aux Parisiens, pour qu'ils puissent emporter un peu du cœur de Joséphine chez eux. C'est un hommage à la générosité et aux valeurs universelles de Joséphine Baker. Cette création m'a profondément marquée car la toile a été posée sur les pavés qui ont accueilli l'entrée au Panthéon de personnalités d'exception, ce n'est pas neutre pour une artiste. C'est un très grand honneur que m'a fait mon pays, le Panthéon et ces femmes que je remercie une fois encore pour leur confiance.

6. As-tu ressenti une certaine pression durant la création de ton œuvre en l'honneur de la figure si importante qu'est Joséphine Baker ?

Bien entendu, j'ai eu la chance d'être très bien accompagnée par le scénographe Athem, la mairie du Vème, la galerie Ellia Art Gallery qui me représente, et l'agence Artcher. En même temps, je ressens une sorte de communauté d'âmes avec la figure de Joséphine Baker. J'ai fréquenté les Folies Bergère et j'admire infiniment sa ligne de conduite, c'est une femme qui fait toujours les bons choix, c'est une sorte de boussole qui ne transige pas, dans aucune situation. Lorsque l'éthique et le courage sont à la hauteur du talent, on peut parler d'héroïsme pur ; c'est une grande source d'inspiration.

7. Enfin, quels sont les 3 livres que tu emmènerais sur une île déserte ?

Le Très-Bas de Christian Bobin, Jane Eyre de Charlotte Brontë et L'allure de Chanel de Paul Morand, trois ouvrages à la langue étincelante, où tout est dit.


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