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Rencontre avec Irène Olczak

Entrepreneure féministe et fondatrice de Paulette Magazine

Rencontre avec Irène Olczak - illustration 1

Portrait d'Irène chez elle © Louise Skadhauge

L'entrepreneure Irène Olczak a le goût du challenge. En 2009, alors qu'elle est seulement âgée de 23 ans, elle fonde le magazine Paulette. Très rapidement, ce média révolutionne le monde figé de la presse féminine. Surtout, Irène a bâti son empire sans jamais perdre de vue son objectif premier : célébrer la singularité de chacun.e. L'équipe d'Artsper a rencontré celle qui partage sa vie entre Marseille et Paris pour tout savoir sur son parcours hors du commun, dans lequel l'art occupe une place prépondérante.

1. Bonjour Irène ! Peux-tu nous parler de toi et de ton parcours ?

Je m'appelle Irène Olczak, j'ai 37 ans, et j'ai grandi en région parisienne. Je suis issue d'une double culture : ma maman est turque, mon père est d'origine polonaise et j'ai la double nationalité franco-turque. J'ai fait l'école d'arts appliqués Olivier de Serres, où je me suis formée au design graphique et à la direction artistique. J'ai ensuite fait un passage éclair en agence de publicité où j'ai travaillé en tant que DA. En 2009, à 23 ans, j'ai décidé de lancer ma première entreprise, Paulette Magazine. Il s'agit d'un magazine féminin et féministe, pronant l'ouverture d'esprit. Le projet promeut l'inclusivité, la diversité et la représentation. En 2018, 9 ans plus tard, j'ai co-créé ma seconde entreprise, ESO Paris. C'est un projet autour du monde de la spiritualité et de l'astrologie. Nous faisons beaucoup d'événements, de collaborations avec des artistes, de formations avec l'ESO School, et de talks pour sensibiliser sur le sujet. En 2020, j'ai co-créé ma troisième boîte, 11H11 Holistic Project. La crise du Covid nous a impactés, mais le projet existe encore aujourd'hui via des retraites, ou encore grâce à notre partenariat avec Soho House ! Nous donnons des cours pour reconnecter le corps et l'esprit via des pratiques énergétiques et des pratiques de bien-être comme le breathwork, la méditation, le yoga, le Reiki, la sophrologie, le bain de sons, la danse intuitive... Nous nous entourons de praticiens pour nous exprimer lors de différents événements. Voilà qui plante le décor !

2. Tu vis entre Marseille et Paris, deux villes aux cultures riches mais bien différenciées, parfois même définies comme opposées. Comment trouves-tu l'équilibre entre ces deux environnements ? Comment t'inspirent-ils ?

Paris m'inspire le beau, la création, le romantisme... Il y a quelque chose de poétique dans cette ville, qui est aussi extrêmement intense. J'y ai beaucoup travaillé, avec un rythme très soutenu où on est en mode « pilote automatique », dans un tunnel... Comme le métro finalement ! (rires). On marche, on zigzague, on ne fait pas forcément attention à ce qu'il se passe autour de nous, on se met des œillères et on avance car on essaye de gérer à la foisla vie professionnelle, la vie sociale, les ambitions... C'est une vie qui coûte très cher, et dont l'ambiance nécessite d'être solide.

À côté, Marseille, malgré son énergie tout aussi puissante, m'évoque une forme de lâcher-prise, de douceur. C'est tout de même une ville de caractère, du fait de sa proximité avec les éléments de la nature. J'aime la mer qui rentre dans la ville, les calanques, la verdure de la région et cette belle corniche où l'on peut observer la mer Méditerranée à perte de vue... C'est une ville qui m'inspire car je la trouve très féminine, je l'imagine comme une femme de caractère. Marseille, pour moi, c'est une femme qui ne se laisse pas faire, qui connaît sa valeur, qui est très affirmée, mais en même temps bienveillante et simple. Ce que j'aime dans cette ville, c'est qu'on ne peut pas s'y cacher. On y est confronté à soi-même et cela fait du bien, cela permet d'être bien ancré dans le réel. Surtout, le rapport au travail y est différent, les journées se terminent plus tôt. On revient à des choses plus douces et plus simples ; je ne dis pas qu'elles ne sont pas présentes à Paris, ce serait très binaire de dire ça, mais je trouve que c'est d'autant plus visible à Marseille. J'ai l'impression de courir en permanence quand je suis à Paris.

C'est une chance de pouvoir vivre entre ces deux villes puisque cela m'offre un équilibre intéressant. Paris m'offre ses expériences, sa gastronomie, ses hauts-lieux de culture... Même si Marseille est aussi ultra dynamique, que ce soit dans la culture, dans la food, ou dans la mode ! Il y a une jeune génération qui essaie de faire bouger les choses et je pense que c'est une ville qui va prendre de l'importance dans les années à venir. Les deux m'inspirent chacune à leur façon mais il est sûr que ni l'une ni l'autre n'est de tout repos. Ce sont des villes de caractère, et cela me plaît bien car elles me challengent.

Rencontre avec Irène Olczak - illustration 1
Rencontre avec Irène Olczak - illustration 1

À gauche : Portrait d'Irène © Louise Skadhauge / À droite : Quelques exemplaires de Paulette Magazine © Irène Olczak

3. Tu es la fondatrice de Paulette Magazine, qui a révolutionné la presse féminine. D'où vient ton intuition pour lancer ce projet en 2009 ? À quoi ressemblaient tes moodboards d'inspiration ?

Comme pour beaucoup d'entrepreneurs, l'intuition est venue suite à un constat très personnel : la société a construit une image de la femme ultra normée, parfois même irréelle. À l'époque, internet n'était pas là depuis longtemps, Facebook devait exister depuis deux ans, donc on n'était pas encore complètement - même pas du tout - sous la Matrix des plateformes sociales. Les gens sur Facebook en France étaient encore des early adopters. Pour ma part, j'étais assez digital native, j'ai vite été très active sur les différentes plateformes. Je voyais le vent de liberté et de diversité qu'elles pouvaient amener, notamment la diversité des voix, qui étaient à présent visibles et entendables à grande échelle. Bien que les femmes consommaient encore énormément de presse féminine à cette époque, on n'y voyait toujours pas cette diversité des gens qui nous entourent. Les personnes issues des minorités, racisées, en situation de handicap, ou qui ne rentrent pas dans les standards de beauté traditionnels n'étaient pas représentées. Ce message commençait à résonner : « On a envie d'être représentés aussi, ce n'est pas normal qu'on n'existe pas dans l'espace visuel public et publicitaire ! ». Ce constat, je pense que de nombreuses femmes l'ont fait. Merci à internet, à ce que cela a apporté en termes de représentation... Paulette a pris ce train là mais avec la volonté de s'exprimer en papier. Le magazine est un objet très statutaire qui laisse une trace dans son époque et qui est complémentaire à ce que le digital apporte de magique. Nous nous sommes créés sous le modèle cross-platform dans cet objectif.

Les moodboards ressemblaient à ce que l'on fait depuis 13 ans ! (rires). On y retrouvait des profils de personnes différentes que l'on pourrait qualifier de « mademoiselle tout le monde », de la couleur, de la créativité, de l'originalité... Les magazines sont aussi là pour nous faire voyager et rêver ! Nous voulions le faire tout en montrant des choses auxquelles chacun pouvait se relier. C'était un mélange de photos de streetstyle, qui commençait tout juste à émerger sur les blogs, et de photos plus cinématographiques. Depuis le début, le magazine est shooté à 95% à l'argentique. Le but était de faire preuve de douceur et de bienveillance. Il était très important pour nous de faire passer ces idées tout en créativité et en poésie.

4. Quels sont les artistes qui t'ont marquée ?

Je suis une personne très spirituelle, je pense que cela m'a été transmis par mes racines. Je suis issue d'une double culture chrétienne musulmane, mes parents étaient athées, mais la spiritualité a toujours été très présente dans ma vie. Je suis d'ailleurs très contente de l'explorer davantage avec mon projet ESO. Ce que j'aime dans l'art, et surtout dans la peinture, c'est la façon dont les artistes glissent des messages subliminaux dans leurs œuvres. J'aime quand un tableau laisse place à une multitude d'interprétations, comme c'est le cas dans de nombreux courants artistiques. Mon préféré est le surréalisme, pour sa poésie. Je pourrais observer pendant des heures les œuvres d'artistes comme Dalí, Miró, Magritte, Picasso, ou Frida Kahlo, que j'admire d'autant plus pour sa personne... L'art contemporain est celui qui me parle le plus. Je n'ai pas beaucoup lu dans ma vie, je n'ai pas cette culture littéraire, historique, donc je suis plutôt sensible à l'émotion, à la symbolique, et aux couleurs. En ce sens, le travail de Rothko me touche beaucoup. Dans un tout autre registre, l'architecture que l'on peut retrouver dans les pièces de Hockney me plaît énormément ; c'est ce que j'appelle « le beau qui fait du bien ». Et le tracé de Jean Cocteau, aussi !

5. Tu as l'habitude de partager tes coups de cœur artistiques du moment sur ton compte Instagram. Peux-tu nous parler d'une de tes découvertes récentes ?

J'ai découvert trois artistes récemment. Premièrement il y a Jenny Morgan, dont le travail a un côté un peu mystique. Elle représente des visages, des monochromes, des symboles... Je trouve sa peinture hyper puissante. Ensuite, il y a le travail de l'artiste brésilien Samuel de Saboia. Ses œuvres sont remplies de couleurs, très dynamiques, moins zen que celles de Jenny Morgan mais avec une symbolique toute aussi forte. Finalement, le travail de Moonassi ou Kim Daehyun, qui est un artiste coréen. Il travaille en noir et blanc, avec des personnages normés, qu'il associe avec des installations. Son art me fait penser aux concepts du conscient et de l'inconscient.

Rencontre avec Irène Olczak - illustration 1
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Détails chez Irène © Louise Skadhauge

6. Tu as le goût de l'entrepreneuriat, un regard curieux et une vie à cent à l'heure... Comment arrives-tu à concilier tes passions et tes projets ?

J'essaye de transformer mes passions en projets ! (rires). Tout ce que j'entreprends est basé sur quelque chose qui me passionne. J'arrive à inclure mes centres d'intérêts dans tout ce que je fais. Si j'aime la céramique ou bien la peinture, je vais trouver un moyen d'en faire une exposition ou un workshop avec Paulette. J'expérimente autour de l'ésotérisme avec ESO, autour du bien-être avec 11H11... La clé c'est vraiment d'associer passions et projets. Et surtout, je m'appuie sur des équipes et des associés qui me permettent de démultiplier ces initiatives. C'est important pour moi de rappeler que je ne les porte pas toute seule ! On a souvent l'impression que les gens avancent sans l'aide de personne, mais c'est grâce à un travail collectif que toutes ces idées prennent vie !

7. Quelle place accordes-tu à l'art dans ton quotidien ? D'ailleurs es-tu une collectionneuse d'art ? Accordes-tu une attention particulière à la décoration de l'intérieur dans lequel tu travailles ou tu vis ?

Je suis en pleine transition depuis 2020. J'ai traversé un cycle de vie durant lequel j'ai tout donné pour mon travail, j'ai sacrifié beaucoup. Je ne m'autorisais pas forcément beaucoup de choses ; la priorité c'était de faire, d'abattre tout le travail, d'atteindre les objectifs. Je pense que je me suis oubliée. Depuis 2 ans, j'ai le besoin et l'envie très forte d'appliquer le même niveau d'exigence à mon cadre de vie. J'y faisais déjà attention avant, mais j'y mettais moins de moyens car je dépensais mon argent différemment. Pendant 10 ans, j'ai été en contact avec des artistes qui commençaient tout juste et qui sont aujourd'hui connus. Je pense notamment à Inès Longevial, et à plein d'autres, que Paulette a mis en avant à leurs débuts. Même si j'avais eu l'argent à l'époque, je n'aurais pas eu le réflexe d'acheter leurs œuvres, aussi abordables soient-elles. Je n'y voyais pas d'intérêt car j'étais dans une logique de productivité, et je ne portais pas vraiment d'attention à mon lieu de vie.

Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être dans la deuxième partie de ma vie. J'y découvre la maturité, et je porte plus d'attention au beau. Je suis très sensible aux énergies, j'ai énormément besoin de lumière et je m'entoure de choses qui peuvent m'apporter un message apaisant le jour où j'en ai besoin. J'aime tout ce qui évoque l'intériorité et la conscience, c'est la raison pour laquelle j'ai beaucoup de pierres chez moi. Les œuvres que je possède sont spirituelles et me permettent de prendre du recul. J'habille mes murs d'images, certaines d'Inès Longevial justement, et je me suis offert une grande sérigraphie d'une jeune artiste marseillaise lorsque j'ai emménagé dans cette ville... C'est une œuvre belle et drôle où l'on voit un volcan qui explose face à la mer. En haut de la pièce, on peut lire la légende : « Pendant ce temps... ». Cela me rappelle qu'il faut toujours relativiser. J'ai eu tendance à accumuler des choses, et aujourd'hui j'ai envie d'un intérieur plus minimal pour m'alléger de toutes ces énergies. Je me penche sur ces problématiques depuis mon installation à Marseille, car à Paris j'étais en mode « pilote automatique ». Durant ces deux années, j'ai pris conscience que notre environnement façonne notre être. J'ai envie de me faire du bien et de faire du bien aux autres, c'est la raison pour laquelle je suis dans un processus d'allégement et de libération, contrairement à avant où j'avais tendance à accumuler les objets.

8. Paulette et Artsper ont déjà eu l'occasion de collaborer dans le passé, et d'autres projets sont en cours... Quels sont selon toi les points communs entre nos deux marques et équipes ?

Je pense que l'on souhaite éveiller les gens et partager avec eux des choses qui leur sont inconnues. On partage l'objectif de désacraliser l'art pour le rendre accessible. L'art c'est avant tout de la création. C'est l'expression d'une émotion, d'un moment... C'est quelque chose d'universel. On peut avoir aucune connaissance sur le sujet et apprécier de l'art, quel que soit le milieu social d'où l'on est issu. On peut tous être ému et pleurer face à une toile si elle réveille une blessure, un trauma, une joie, bref, quelque chose qui nous parle profondément. Artsper et Paulette ont la volonté d'éveiller, de rassembler, de démocratiser. Je trouve aussi qu'il y a beaucoup de bienveillance et de joie dans nos deux marques, et dans ce que l'on a envie d'apporter au monde.

9. Enfin, quel est le plus beau musée ou lieu culturel que tu as visité ?

En voyage, visiter des musées est ma deuxième activité préférée après découvrir la gastronomie locale ! (rires). J'adore observer l'architecture des musées, et le Louvre reste pour moi un incontournable. Il y a quelque chose d'assez mystique dans sa pyramide, sa cour, sa partie souterraine, ses puits de lumière... J'adore aussi le Palais de Tokyo, je viens surtout pour y vivre des émotions. Le Louvre d'Abu Dhabi et le Guggenheim de Bilbao ont aussi l'air complètement fous !


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