Sculpture Bronze
À l'occasion de son exposition Féroce à la Galerie Cinéma-Anne-Dominique Toussaint à Paris, Romain Duris s'associe à Artsper pour éditer une lithographie en série limitée. Réalisée à l'atelier Idem, cette œuvre prolonge le travail graphique de l'artiste, marqué par un trait dense et expressif qui explore la fragilité et la puissance du corps humain. Nous avons rencontré Romain Duris dans les coulisses de cette création pour évoquer son rapport au dessin.
1. Nous aurions aimé que vous nous parliez un peu de votre passion pour le dessin. Qu'est ce qui vous pousse à dessiner ?
Romain Duris : C'est banal, mais c'est la vie. C'est ce que j'observe, ce que je ressens, ce qui me traverse. C'est dur de mettre des mots sur mon inspiration et ma passion. Mais c'est devenu, c'est vrai, un besoin. C'était là très tôt quand j'étais enfant, c'est parti un peu, puis il y a le cinéma qui est arrivé, qui a bouleversé le rythme du quotidien.
En fait je découvre, année après année que c'est comme un refuge, c'est comme une façon de me retrouver. Du coup dessiner devient un besoin. Je ne peux pas te répondre autre chose que « c'est la vie » qui me pousse à dessiner. Je pense que je cherche toujours quelque chose et que ce n'est pas un problème de ne pas le trouver. Si je devais mettre un mot sur ce que je cherche, ce serait "l'émotion". Je cherche à faire passer des émotions.
2. Y a-t-il un moment particulier ou un contexte dans lequel vous préfèrez dessiner ?
Romain Duris : C'est très dur d'organiser et de viser le moment privilégié où l'on pense qu'il va se passer quelque chose. Parce que si l'on prévoit trop, il y a le risque de la page blanche. Je sais que ça jaillit, que c'est très physique.
D'un coup il y a un besoin d'être face au papier, qui est réel et puissant. Mais comment déclencher ça ou comment le prévoir, je n'ai toujours pas trouvé la formule.
3. Est-ce que vous écoutez de la musique ? Est-ce que vous êtes dans un atelier ?
Romain Duris : Ça dépend. Je suis dans un endroit à part, c'est sûr. Seul, parce que je n'arrive pas à dessiner entouré. Je peux faire des croquis, mais cet endroit est quand même privilégié et important. Après, musique ou pas musique, ça dépend. Fenêtre ouverte ou non ? Le son est là. Parfois je n'en ai pas besoin, parfois j'en ai besoin. Parfois j'ai besoin d'écouter la radio, parfois j'ai besoin d'écouter des albums précis, ça dépend.
4. Votre exposition de dessins s'appelle Féroce. Est-ce que vous pouvez nous dire ce que vos dessins ont de féroce ?
Romain Duris : C'est ce que j'écris un peu en introduction dans le livre. Mes dessins sont comme un cri. De souffrance non, je ne dirais pas ça, parce que je ne suis pas à l'aise avec ce mot et parce qu'il est bien trop puissant. Mais il y a comme un cri mêlé à la pudeur d'une alerte : soit trop de sentiments, soit pas assez, soit un besoin d'être en vie. Ça se transforme en quelque chose de féroce mais il y a plusieurs degrés de féroce.
En tout cas ce n'est pas tant le mot féroce dans le sens « bestial » ou « cruel » que je voulais mettre en avant. C'est plutôt le fait que ça pourrait surgir mais que c'est très vite étouffé et retenu, c'est ça qui me plait.
Et puis il y a aussi la sonorité du mot. Ce mot « féroce » quand il passe dans la bouche, il me plait. « Fé-roce », il y a quelque chose qui n'est pas léger, j'aime bien. Je trouve aussi qu'il a assez de définitions différentes pour qu'il sonne différemment chez chacun, qu'il évoque des choses différentes.
5. On vous a suivi dans le processus de l'édition d'une lithographie. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous retenez de cette expérience, quelque chose qui vous a plu particulièrement ou qui vous plait, parce que ce n'est pas la première fois ?
Romain Duris : C'est l'ambiance de ces ateliers, en bas, qui me plait. C'est un endroit un peu mythique. Avec ses machines très anciennes, il a quelque chose de sensuel. Je pourrais dessiner sur de la pierre et non du papier, pour transmettre encore plus de sensations. Mais de voir ces feuilles, ces couches d'encre qui passent dans ces machines qui tournent depuis des années, il y quelque chose de très sensuel, de très émouvant.
Et je trouve que le rendu est assez magique, il ne ressemble à aucun autre procédé. La lithographie donne quelque chose de très identifiable. Elle n'est évidemment pas comme l'original, elle ne ressemble pas à un tirage à encre, ce n'est pas non plus un scan. Une lithographie a une sensation différente, un toucher différent.
Même la façon dont le papier est découpé autour a quelque chose de sensuel. Le rendu n'est pas doux, parce qu'il pourrait l'être, mais quand on voit le passage du noir, l'étape finale, qui est très dense, ce n'est pas « doux » le mot qui vient à l'esprit. Je trouve que ce processus d'édition correspond bien au dessin qu'on a choisi parce qu'il est puissant mais sensoriel.
6. De manière plus générale j'aimerais bien qu'on parle de votre inspiration. Est-ce qu'il y a des artistes qui vous ont vraiment marqué ou qui marquent encore votre travail aujourd'hui ?
Romain Duris : C'est compliqué parce qu'il y en a beaucoup. Si, Rodin. C'est le dernier artiste qui m'a inspiré et qui m'inspire depuis toujours. Je continue à être très ému dès que je vois son travail. Je trouve ça puissant.
7. Ça se ressent dans vos dessins...
Romain Duris : Je ne sais pas, peut être. Ce que j'aime c'est ces formes qui jaillissent des blocs de marbre ou de plâtre. C'est comme une naissance. La naissance d'une forme spectaculaire. Et quand on s'approche plus près, qu'on voit cette force des mains, des muscles, des veines qui passent, avec quel talent l'artiste les représente, ça me fait beaucoup d'effet.
Édition limitée . 44 x 34 cm Édition limitée . 17.3 x 13.4 inch
350 €
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