Olivio « Oli » Ordoñez : rappeur et curateur d'art
Connu par des millions de personnes en tant que membre du célèbre duo de rap français Bigflo et Oli, Oli s'est récemment entretenu avec Artsper au sujet de son exposition qui a fait sensation dans le monde de l'art.
1. Pourriez-vous commencer par nous parler de votre prochaine exposition, Le Musée Imaginaire d'Oli ? À quoi peuvent s'attendre les visiteurs lors de cette expérience ?
Oli: Une carte blanche artistique aux Abattoirs (le musée d'art contemporain de Toulouse). Une exposition manifeste ! Qui bouscule un peu le musée « classique ». L'idée, c'était d'apporter ma vision en faisant mes choix dans les réserves du musée des Abattoirs, en invitant des artistes que j'aime comme Jean Jullien, Invader ou Inès Longevial, et en proposant des installations artistiques conçues pour l'occasion, souvent en miroir ou en écho à des œuvres existantes. J'ai aussi créé un festival interne avec des concerts, des talks, des scènes ouvertes, un ciné-club, etc.
« Il y a d'ailleurs une section de l'exposition où j'explore cette notion via mon père, à qui j'ai donné la parole sur des œuvres de Soulages, Eduardo Basualdo... »
2. Qu'est-ce qui a inspiré ce projet ?
Oli: Mon envie de connecter des univers différents, de mélanger et casser les frontières pré-définies, et de ramener mon groupe de potes qui, souvent, ne veulent pas me suivre quand je vais au musée ! Et une solide relation entre le musée toulousain et moi, ils m'ont vu grandir d'abord en tant que petit visiteur, puis en tant que musicien.
3. Comment votre amour pour l'art a-t-il évolué au fil du temps, notamment avec votre implication croissante dans le monde de la musique ?
Oli: Je suis fils de musicien, mon père est chanteur salsa et intermittent du spectacle. Je l'ai vu toute sa vie lutter pour vivre de son art. J'ai eu un coup de cœur pour la musique, d'abord en apprenant la trompette au conservatoire, puis en écrivant mes premières rimes de rap. Il a évolué, car j'ai pris confiance en ma sensibilité, mais au final, il reste quasi intact. Mon amour pour l'art reste celui d'un enfant, je veux surprendre l'enfant que j'étais.
4. Comment percevez-vous la relation entre la musique et les arts visuels ? Existe-t-il pour vous un lien entre ces deux formes d'expression ?
Oli: Bien sûr, et notamment entre le rap et l'art contemporain : incompris et souvent jugé quand on n'a pas les codes ou la culture pour le voir sous le bon prisme, cela peut parfois devenir le cliché de lui-même. J'aime aussi ce côté instinctif dans les deux, qui parfois dépasse la technique. Il y a une « magie » inexplicable dans un grand tableau ou un grand morceau qui dépasse parfois le nombre d'heures de travail dessus ou le niveau de dessin ou de musique : j'aime ce mystère de la création.
5. Quel a été l'aspect le plus difficile de la réalisation de ce projet et comment avez-vous surmonté ces difficultés ?
Oli: Le plus dur a été de trancher, de faire des choix. Une page blanche est beaucoup plus difficile que ce que je pensais. J'ai dû choisir d'abord des œuvres dans les archives en ligne Navigart du musée, puis trouver comment rebondir avec etc., j'ai mis beaucoup de temps à me décider. Il fallait aussi trouver un équilibre entre mon univers, mes codes et ceux du monde muséal. Il y a eu beaucoup de discussions, de débats et surtout un vrai accompagnement des équipes du musée. J'ai beaucoup appris sur moi en faisant ce projet. Je suis un peu revenu aux sensations du début, avec la pression du débutant. J'avais aussi envie de m'adresser aux deux publics : les connaisseurs et ceux qui ne se sentent pas concernés par l'art, donc j'ai essayé de trouver des idées ludiques, mais pas trop « légères ».
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