Vous souhaitez offrir une œuvre d’art ? Découvrez notre guide de Noël
  • € (EUR)
  • Besoin d'aide

Rencontre avec Mathilde Dalmas & Paul Neltner

Coordinateurs du Prix Dauphine pour l’art contemporain

Rencontre avec Mathilde Dalmas & Paul Neltner - illustration 1

Lauréats du Prix Dauphine pour l'art contemporain 2022, de gauche à droite : Léa de Cacqueray, Romy Hammond, Gaëtan Soerensen, Cha Toublanc, Sergi Alvarez Riosalido, Nathan Ghali, Alexandre Zhu, Valentin Ranger, Faustine Pallez Beauchamp, Lévana Schütz. Pas photographiées : Adèle Delefosse, Elora Weill-Engerer © Paul Neltner 

Passionnés d'histoire de l'art et animés par l'envie de défendre des jeunes artistes, Mathilde Dalmas et Paul Neltner sont les coordinateurs du Prix Dauphine pour l'art contemporain. Une initiative étudiante, qui ne cesse de se réinventer. Celle-ci contribue à la valorisation de la curation et agit comme un puissant tremplin pour ses lauréats. Artsper, en tant que partenaire officiel de l'événement, est allé à la rencontre de deux jeunes professionnels pour qui le marché de l'art n'a plus de secret !

1. Bonjour Mathilde et Paul ! Comment décririez-vous l'ADN du Prix Dauphine pour l'art contemporain ? Qui sont les jeunes étudiant.e.s et professionnel.le.s qui l'organisent ?

Bonjour Artsper ! Le Prix Dauphine pour l'art contemporain est une initiative étudiante, fondée en 2014 par les étudiant.te.s du master Management des Organisations Culturelles de l'Université Paris Dauphine-PSL. Chaque année, les promotions se passent le relais avec l'objectif de faire perdurer l'initiative et de la développer.

Les valeurs intrinsèques du Prix Dauphine sont de promouvoir et de soutenir la jeune création contemporaine. À travers l'organisation d'une exposition annuelle, nous cherchons à mettre en avant de jeunes créateurs, en insistant sur la complémentarité entre les pratiques curatoriales et le travail artistique. Chaque année, un appel à projet, destiné à des binômes d'artistes et de curateur.rice.s de moins de 30 ans, est publié autour d'une thématique définie. Nous réunissons également un jury composé de professionnel.elle.s du monde de l'art contemporain, lequel sélectionne les binômes participants à l'exposition. Pour cette neuvième édition, nous avons eu la chance d'être accompagnés par Colette Barbier (directrice de la fondation Pernod Ricard), Anne-Sarah Benichou (galeriste), Aïda Bruyère (artiste lauréate du Prix Dauphine 2021), Rebecca Lamarche-Vadel (directrice de la fondation Lafayette Anticipations), Olivier Kaeppelin (critique d'art et commissaire d'exposition) et Thibaut Wychowanok (rédacteur en chef adjoint de Numéro Magazine). A l'issue de cette exposition, qui se tiendra du 9 au 26 juin au Sample à Bagnolet, nous remettrons un prix du jury (2000 euros) et un prix du public (1000 euros). Ainsi, notre but est d'organiser une belle exposition de groupe et de participer à notre échelle à la carrière de ces jeunes créateur.rice.s..

2. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours et les étapes qui vous ont menés à la coordination générale du prix ?

MD : Mon parcours d'historienne de l'art a beaucoup influencé mon regard et ma compréhension des processus de création, de recherches et de réalisations artistiques. J'ai eu la chance d'apprendre l'économie des expositions muséales et leur fonctionnement lors d'un stage en 2019-2020 aux musées d'Orsay et de l'Orangerie. Après cette expérience, j'ai souhaité mettre à profit cet apprentissage et le compléter en intégrant le commissariat général de la deuxième Biennale Internationale de la Jeune Création à Saint-Paul de Vence. Cet engagement m'a beaucoup appris sur la nécessité de promouvoir le travail et le talent des jeunes artistes. Toutes ces étapes m'ont permis de cheminer jusqu'au Prix Dauphine, pour lequel j'ai souhaité contribuer en y apportant toute ma passion et mes connaissances, afin d'en assurer sa coordination générale aux côtés de Paul.

PN : De mon côté, j'ai décidé de travailler dans l'art contemporain lors de ma rencontre avec la galeriste Anne-Sarah Bénichou en 2019. Après deux années en galerie, j'ai rejoint le programme de master en management des organisations culturelles de Dauphine afin de compléter ma formation universitaire. Le Prix Dauphine pour l'art contemporain a été une grande source de motivation pour rejoindre ce master. Ce projet me tient particulièrement à cœur car j'ai la volonté de défendre les jeunes artistes dans ma future carrière professionnelle. Notre ambition est de créer un écosystème avec cette exposition, ou de jeunes professionnel.elle.s travaillent main dans la main pour grandir ensemble.

Rencontre avec Mathilde Dalmas & Paul Neltner - illustration 1
Rencontre avec Mathilde Dalmas & Paul Neltner - illustration 1

À gauche : Lévana Schütz, Série « Face à Face – Les voix baillonnées », 2021-2022 faïence émaillée, céramique, câbles, dimensions variables © Lévana Schütz, À droite : Nathan Ghali, « Peut-on se comprendre en parlant », 2021, Court-métrage, 14 min 26 sec © Nathan Ghali 

3. Après deux années de pandémie particulièrement violentes pour le secteur culturel, quelles leçons tirez-vous du ralentissement forcé des manifestations artistiques ?

Le secteur culturel a été directement touché lors de cette pandémie, et nous avons pu en être témoin en tant que jeunes professionnel.elles de cet écosystème. Cependant, comme à chaque crise révélatrice des faiblesses d'un système, nous observons également l'émergence de nouvelles solutions : de nombreuses institutions (musées, galeries, foires) ont dû concevoir de nouvelles manières de sensibiliser le public et de soutenir les artistes. Face à cette nécessité, il nous a semblé que la révolution numérique s'est imposée d'elle-même aux acteurs qui étaient encore pessimistes. De nombreuses initiatives nées pendant la pandémie vont se normaliser et permettre de nouvelles manières de rendre l'art accessible.

Toutefois, ce constat n'exclut pas la difficile situation des artistes, et notamment des jeunes que nous défendons. N'ayant pas eu le droit aux fonds exceptionnels de soutien débloqués par le gouvernement, ces derniers ont dû improviser pour poursuivre leur pratique tout en dégageant un revenu. Nous avons espoir que ce repli sur soi, qui a eu lieu pendant la période de pandémie, aura comme conséquence à long terme de déconcentrer les réseaux, et de permettre aux acteur.rice.s de l'art contemporain de prendre plus de risques autour des artistes qu'ils défendent. Nous l'avons vu avec la reprise récente des manifestations culturelles ; l'art est bel et bien essentiel car c'est un territoire de recherche et de poésie, permettant d'explorer des rapports aux mondes. Ceux-ci nous paraissent vitaux en ces temps de questionnement politique, économique, écologique et social.

4. Le Prix Dauphine s'impose comme un puissant tremplin pour ses lauréat.es issu.e.s de la scène émergente. Quelle importance accordez-vous à mettre en avant la jeunesse créative ?

La jeune création constitue l'ADN du Prix Dauphine. Travailler avec des artistes, issus des mêmes générations que nous, permet un dialogue qui tend à une volonté commune d'apprendre, d'imaginer et de grandir ensemble. L'essentiel de notre mission consiste à organiser une exposition de qualité afin de mettre en valeur le travail des binômes. Nous faisons notre possible pour parler de leur pratique dans la presse, auprès de nos partenaires et des publics.

La médiation est un sujet qui nous a beaucoup animé dans la conception de cette exposition : nous souhaitons rendre accessible les œuvres au plus grand nombre. Le rôle des curateur.rices s'avère crucial dans cette perspective. C'est également pour cela que nous avons imaginé une programmation autour de l'exposition, permettant à chacun.e de s'approprier l'exposition par différents canaux.

5. La particularité du Prix Dauphine repose sur son format collaboratif : les lauréats sont des binômes artiste/curateur.ice, ce qui est assez rare. Souvent, le rôle de le/la curateur.ice est relégué au second plan, car très peu médiatisé. D'où vous vient cette envie de le valoriser ?

Nous pensons que le travail du curateur s'inscrit dans une dimension toute aussi créative et poétique que le travail de l'artiste. En effet, qui, si ce n'est le/la curateur.rice, pour penser la rencontre du regardeur avec l'œuvre ?

Que ce soit par la parole des commissaires dans les catalogues d'exposition ou les écrits des critiques, la démarche de l'écriture autour d'une œuvre est une part essentielle à l'accessibilité de l'art contemporain. C'est pourquoi nous accordons une attention toute particulière à la formalisation de cette relation de travail spécifique entre l'artiste et le/la curateur.rice.

Rencontre avec Mathilde Dalmas & Paul Neltner - illustration 1
Rencontre avec Mathilde Dalmas & Paul Neltner - illustration 1

À gauche : Léa de Cacqueray, « Reliquae », 2021, métal, moteur, LEDs, aluminium, pince téton, 35 x 35 x 65 cm © Léa de Cacqueray, À droite : Gaëtan Soerensen, « Waqf », 2017-2019, Amman (Jordan) - Nablus (Palestine) (7), photographie argentique n&b © Gaëtan Soerensen 

6. Les artistes et curateur.ice.s sélectionné.es pour cette neuvième édition ont des parcours uniques, parsemés de rencontres. Pensez-vous que la collaboration est indispensable dans le monde de l'art ?

Nous avons différents cas de figures pour cette édition. Certains binômes avaient déjà travaillé ensemble, d'autres se connaissaient sans jamais avoir mené de projet conjoint et d'autres encore se sont rencontrés pour la première fois à l'occasion de cette collaboration. À travers les entretiens que nous avons menés pour le catalogue de l'exposition, nous avons senti que ce format collaboratif apportait une réelle consistance aux projets présentés.

La collaboration n'est pas seulement indispensable dans le monde de l'art, elle l'est pour toute personne souhaitant développer un projet. Ces expériences en binôme sont très enrichissantes pour les artistes car elles leur permettent un dialogue accompagnant le geste créatif, un nouveau prisme d'interprétation et de compréhension grâce à un travail d'écriture et de médiation du/de la curateur.rice. Cela fait partie des critères de sélection des binômes lors des candidatures de l'appel à projets.

7. Pour son édition 2022, le Prix Dauphine s'est bâti sur la phrase de Beckett « Dans le silence on ne sait pas ». Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Le choix de cette thématique s'est fait de manière collégiale entre les quatorze membres du collectif. La grande richesse de notre formation est de permettre à des profils très différents - venant tant de la littérature, du théâtre, de l'art contemporain ou de la musique - de constituer une promotion. Cela offre une très grande plasticité dans le débat du choix de la thématique.

Ainsi, cet extrait de « l'Innommable » de Samuel Beckett nous a paru comme une évidence vis-à-vis du contexte actuel. Les violentes crises écologiques, sociales et sanitaires vécues depuis 2020 ne sont pas sans écho, à notre sens, au propos développé par Beckett au moment où la création artistique répondait tant bien que mal à l'absurdité et aux horreurs subies durant la Seconde Guerre mondiale. Soixante-dix ans plus tard, au moment où la parole et les images sont saturées par les médias et les réseaux sociaux, il nous a semblé que tout l'enjeu de la création contemporaine repose sur la nécessité de retrouver du sens, de questionner et dépasser les passions tristes, de continuer quoi qu'il en coûte.

8. Enfin, parmi les thèmes récurrents dans les travaux des binômes sélectionnés, on retrouve le monde virtuel, la relation complexe entre l'homme et la machine, et la difficulté, voire l'impossibilité, de communiquer. À l'heure de la transformation numérique, comment envisagez-vous le futur du marché de l'art ?

Le marché de l'art a beaucoup évolué depuis les années 1990, et n'a jamais été aussi international, stratifié et opaque. Le numérique a contribué à ces changements, avec la prégnance de la médiatisation et des réseaux sociaux aux dépens parfois des artistes, et entraînant un affaiblissement de la critique en tant que prescripteur. Plus récemment, l'arrivée des plateformes de vente en ligne et l'essor des NFT rebattent les cartes sur la structure même du marché. Bien qu'il soit encore trop tôt pour en juger, on peut estimer que le modèle de la galerie d'art à la Durand-Ruel, Kahnweiler puis Léo Castelli, va subir un nouveau paradigme lié au numérique. À notre sens, le numérique répond à de nombreuses lacunes que peut avoir le marché traditionnel, à savoir la nécessité de transparence, l'accessibilité aux publics, et la possibilité de projets collaboratifs de grande ampleur. En contrepartie, il pose un certain nombre de défis autour de l'expérience physique de l'art, de la gouvernance des algorithmes comme outil de visibilité, et peut aussi avoir des travers écologiques. C'est donc un outil incontestable et prometteur pour l'avenir du marché de l'art, mais qui doit servir à corriger les défauts actuels du marché plus qu'à rajouter des barrières pour les jeunes artistes.


Sélection d'œuvres d'art

Sophie Calle, Ainsi de suite - Édition limitée, Sophie Calle

Sophie Calle, Ainsi de suite - Édition limitée

Sophie Calle

Sculpture - 24 x 18 x 7 cm

1 200 €

Porte flingue, Levalet

Porte flingue

Levalet

Peinture - 60 x 80 x 10 cm

2 100 €

Paysage 242, Yun Zhi

Paysage 242

Yun Zhi

Peinture - 100 x 40 x 1 cm

2 500 €

Intériorité d'espace, Mpcem

Intériorité d'espace

Mpcem

Sculpture - 48 x 10 x 10 cm

2 800 €