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Rencontre avec Mès Lesne

Danseur et chorégraphe

Rencontre avec Mès Lesne - illustration 1

Un portrait de Mès Lesne

Artiste danseur et chorégraphe français, Mès Lesne surprend et fascine avec sa gestuelle singulière et son style ficelé jusqu'au bout des doigts. Aujourd'hui, Artsper vous emmène dans les coulisses de ses répétitions pour une interview tout en mouvement !

1. Bonjour Mès ! Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes débuts dans la danse ?

J'ai commencé la danse à l'âge de 10-11 ans en regardant des films, tout simplement. J'essayais de reproduire les chorés et les mouvements devant ma télé. Vers 13-14 ans, j'ai rencontré le chorégraphe Michel Onomo qui m'a pris sous son aile et m'a formé en m'initiant à plusieurs styles de danse. Il avait une compagnie et je m'entraînais beaucoup avec eux, jusqu'au jour où, à l'âge de 17 ans, il m'a finalement donné l'opportunité d'intégrer sa compagnie. J'étais le plus jeune de tous, ce qui était très impressionnant pour moi. On a fait une tournée en Europe et j'ai énormément appris à ses côtés. Michel Onomo est vraiment quelqu'un d'important à mes yeux. Il m'a appris tout ce que je devais apprendre, même au-delà de la danse : l'état d'esprit, certaines visions à développer dans mon art… mais également certains sujets très importants de la vie qui peuvent s'avérer être plus personnels.

2. Comment décrirais-tu ton style de danse ? Quelles sont tes plus grandes influences ?

Honnêtement, je n'ai pas vraiment de mots pour définir mon style de danse. C'est toujours un peu compliqué car j'ai beaucoup d'influences et d'inspirations différentes. J'aime et je m'inspire de plusieurs styles et de plusieurs choses de la vie et du quotidien. J'essaye d'apprendre et de m'inspirer de tout pour l'intégrer dans ma gestuelle et continuer à créer une touche artistique personnelle, mais il y a toutefois un mot que j'aime beaucoup pour définir mes mouvements : le mot « étrange ». J'aime que la danse soit étrange, inqualifiable, que ce soit une visualisation des formes des mouvements de corps, de bras, de doigts… Des mouvements très appuyés et très forts dans l'intensité, sans vraiment définir et pouvoir se dire « ce danseur a un style contemporain, hip-hop ou jazz… », etc. J'aime que l'on puisse se questionner sur ma nature et sur ma danse. J'aime moins mettre un style et un terme précis sur tout ça, j'aime juste danser et incarner ce que je ressens ou ce que je vis.

À l'inverse, je peux aussi partir sur quelque chose de très différent et dans la légèreté, et proposer une construction de mouvements très fluides tout en continuité… J'aime beaucoup mélanger ces deux opposés que sont la force et la douceur, surtout dans la chorégraphie.

Ma plus grande influence est Pina Bausch. Le jour où j'ai découvert ses pièces et sa danse, j'ai eu comme une lumière, un vrai déclic dans ma gestuelle. Ensuite, il y a toutes les pièces de flamenco qui m'ont beaucoup inspiré, qui provoquent tellement d'émotions en moi, et qui ont eu un vrai impact dans ma danse, dans mon attitude ambivalente et dans la manière que j'ai de jouer avec les mains. Danser avec mes doigts est devenu une signature que je reproduis souvent dans ma gestuelle.

Chaque année j'ai plein de nouvelles choses qui m'influencent. Je découvre de nouveaux courants, je suis quelqu'un qui aime et qui cherche la nouveauté, j'aime bien être tourmenté et qu'on m'emmène hors de ma zone de confort. J'aime faire de nouvelles connaissances et être surpris. Il y a peu de temps, je suis parti voir la pièce d'un homme qui fait des mimes, il ne parlait qu'avec ses mains. C'était juste incroyable car ses mouvements pouvaient ressembler à de la danse et ça m'a beaucoup inspiré dans la qualité des gestes, mais aussi la douceur et la propreté du mouvement. Je pense qu'à l'heure actuelle je ne peux pas mettre un mot sur mon style, mais peut-être qu'avec les années et l'expérience, je trouverais ce mot qui définit mon personnage.

Rencontre avec Mès Lesne - illustration 1
Rencontre avec Mès Lesne - illustration 1

Portraits de Mès Lesne

3. Quel est ton processus de création ? Travailles-tu plutôt dans l'instant, ou prépares-tu des idées avant de commencer à chorégraphier ?

J'imagine toujours les mouvements dans ma tête. Je projette la chorégraphie dans mon esprit pour la ressentir. J'aime beaucoup marcher, mettre mes écouteurs et réfléchir à ce que j'ai envie de montrer... Dès que j'ai quelque chose qui apparaît, je l'écris. Mais marcher avec l'esprit libre est un vrai processus de création pour moi. La plupart de mes idées me viennent en marchant dans la rue, c'est là que je me sens le plus dans ma bulle, isolé par la musique.

Je note des boucles de mouvements et le thème que j'ai envie de travailler, mais rien n'est jamais vraiment chorégraphié avant d'être en répétition. J'ai besoin de voir les danseurs face à moi pour pouvoir créer au sens propre du terme. Même si je le visualise déjà avant la répétition, j'ai besoin de sentir et palper l'émotion des corps en mouvement et de les visualiser dans l'espace. D'ailleurs, je dirais que l'espace et la masse sont les deux choses que j'aime le plus dans la danse. J'aime par-dessus tout voir un attroupement de danseurs en cor et qu'ils forment une seule et même grosse masse de plusieurs corps réguliers. J'aime voir des dizaines de danseurs jouer dans l'espace en répétant des mouvements, que cela procure une inertie sans s'arrêter jusqu'à former une intensité très forte, sans que cette masse se décroche.

4. Quelle est ta playlist parfaite pour une session de danse ?

La playlist parfaite pour une session danse est forcément différente à chaque session, car cela dépend beaucoup de ce que tu veux travailler et de la direction de la répétition… Mais on va dire qu'une playlist intéressante pour le processus de création serait composée de James Blake, Nils Frahm ou Hélène Vogelsinger. Trois artistes qui n'ont pas de temporalité et que je peux mettre pour oublier le temps…

5. Tu as développé un langage personnel dans ta discipline, une énergie qui n'appartient qu'à toi. Il y a-t-il un artiste au style unique à qui tu t'identifies ?

L'artiste au style unique auquel je m'identifie le plus est Pina Bausch mais aussi un de ses danseurs, Dominique Mercy, qui est juste incroyable !

Rencontre avec Mès Lesne - illustration 1
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Portraits de Mès Lesne, à gauche © Charlotte Navio, à droite © Léo d'Oriano

6. Les univers de la mode, de la danse, et des arts visuels n'ont jamais été aussi interconnectés. Quel point commun trouves-tu à ces disciplines ?

Le point commun entre toutes ces disciplines est tout simplement le mouvement. Le fait de jouer avec son art en mouvement est la meilleure chose pour se connecter. Que cela soit à travers le vêtement, à travers la danse ou à travers une peinture, le mouvement est toujours dominant et rend plus intéressant l'art de chaque discipline.

7. Comment sélectionnes-tu tes projets face à un grand nombre de sollicitations ?

J'essaye toujours de sélectionner les projets en me posant deux questions :

Est-ce que l'image et le sens de ce projet sont intéressants pour mon art et ma vision ? Vais-je apprendre quelque chose via ce projet ?

Chaque projet et chaque expérience doivent être enrichissants. J'ai besoin de sortir grandi d'un projet, avec de nouvelles connaissances, qu'il s'agisse de ma danse, de ma façon de penser ou dans l'expérience humaine. Rencontrer de nouvelles personnes intéressantes qui te font connaître d'autres côtés de la vie ou bien qui t'entraînent dans leur vision qui t'est encore inconnue… Tant de nouvelles branches du métier avec qui te connecter et qui te font élargir ton scope, ce qui aide à envisager de nouvelles choses.

8. Enfin, peux-tu nous parler d'un projet récent qui te tient particulièrement à cœur ?

Le dernier projet qui me tient à cœur et qui a pris beaucoup de temps à se mettre en place est le film « COR », sorti en janvier dernier. C'est un film que j'ai imaginé et chorégraphié avec l'aide des réalisateurs Simonagun. Ce film montre sept danseurs en quête de liberté sur l'île de Lanzarote. Ils cherchent un espace balisé moins étouffant et segmentant.

Ce projet me tenait à cœur en sortant de cette période Covid, j'avais besoin d'évacuer tout le temps passé à imaginer pendant le confinement. Je n'avais qu'une hâte : lancer la machine ! C'était frustrant de visualiser le projet, d'avoir toutes ces scènes en tête et de devoir attendre que la vie reprenne pour lancer ce film. Mais, grâce à La Belle Façon (société de production vidéo), on a pu le concrétiser et finalement avec le recul, c'était très important de prendre le temps de bien faire les choses. On est très content du résultat et ça reste une aventure humaine incroyable. Maintenant, pour quoi que ce soit, si ça doit durer 1 an, 2 ans ou même des années, ça prendra le temps que ça prendra mais je sais que c'est au service du résultat. Chaque étape est une victoire.


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