Après plus de vingt ans d’activité, la galerie n’opère pas une mue spectaculaire. Elle affirme ce qu’elle a toujours été. En devenant la Galerie Laurent Rigail, elle assume pleinement une identité déjà à l’œuvre, portée par une vision exigeante de l’art contemporain et par un regard construit dans le temps long. « Ce n’est pas un nouveau départ, c’est une continuité assumée, résume Laurent Rigail. La galerie a toujours été guidée par des choix de conviction, pas par des effets de mode. »
Collectionneur avant d’être galeriste, Laurent Rigail n’a jamais envisagé son rôle comme celui d’un simple intermédiaire. La galerie est pour lui un espace de responsabilité. « Mon travail, c’est de choisir, de défendre, et parfois de tenir bon , confie-t-il. Je crois profondément qu’une galerie doit avoir une colonne vertébrale. Sans ligne artistique claire, elle devient un lieu de passage, pas un lieu de sens. » Refusant les logiques spéculatives à court terme, il privilégie des œuvres porteuses d’une nécessité, des artistes engagés, singuliers, dont la pratique s’inscrit dans une pensée du monde autant que dans une histoire de formes.
Fondée sous le nom de Galerie Brugier-Rigail, la galerie s’est imposée très tôt comme un acteur à part dans le paysage de l’art contemporain, développant une identité esthétique forte, à la croisée des scènes urbaine et contemporaine. Elle a contribué à inscrire durablement dans le champ institutionnel et critique des figures pionnières de l’art urbain des années 1980 — Miss Tic, Speedy Graphito, Jérôme Mesnager, Robert Combas ou Guy Denning — tout en dialoguant avec des artistes internationaux majeurs tels que Shepard Fairey, JonOne ou John Matos Crash. « Ces artistes n’étaient pas seulement des témoins de leur époque, ils en ont été des acteurs, souligne Laurent Rigail. Il me semblait essentiel de les défendre pour ce qu’ils disaient du monde, pas uniquement pour leur place dans l’histoire de l’art urbain. »
Mais la force de la Galerie Laurent Rigail réside précisément dans son refus de figer ces pratiques dans une lecture patrimoniale. Depuis ses débuts, la galerie travaille le frottement entre générations, convaincue que l’art ne se transmet que dans le dialogue avec le présent. Elle a ainsi accompagné très tôt des artistes alors émergents — Levalet, MadC, L’Atlas, Monkeybird, M. Chat — aujourd’hui pleinement reconnus. « J’ai toujours été attentif aux artistes qui proposent une écriture personnelle, identifiable, mais jamais décorative, explique-t-il. Ce qui m’intéresse, c’est quand une œuvre tient à la fois plastiquement et intellectuellement. »
Dans un contexte où le marché de l’art tend à s’accélérer et à se standardiser, la galerie revendique un positionnement clair, presque à contretemps : celui de l’accompagnement sur la durée. Loin d’une logique de consommation rapide des artistes comme des œuvres, elle privilégie la construction patiente des parcours et des collections. « Un collectionneur n’est pas un client de passage, insiste Laurent Rigail. C’est quelqu’un avec qui on construit une relation, à qui l’on doit de la transparence, du conseil et une vraie exigence intellectuelle. »
En devenant la Galerie Laurent Rigail, le lieu assume ainsi pleinement sa dimension éditoriale. Une galerie pensée comme un espace de regard, de choix et de transmission, où l’acte de montrer engage autant que l’acte de vendre. « Je crois encore profondément au rôle du galeriste comme passeur, conclut-il. Si je fais ce métier, c’est pour défendre des œuvres qui me déplacent, et accompagner des artistes qui ont quelque chose à dire. »
Membre du Comité des galeries d’art, la Galerie Laurent Rigail poursuit aujourd’hui son projet avec une ambition renouvelée, fidèle à ce qui fait sa singularité depuis plus de vingt ans : la cohérence, la conviction et le temps long. Une galerie pour ceux qui considèrent l’art non comme un produit, mais comme une nécessité.
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