Sculpture Bronze
À la tête d’Art Paris depuis 2012, Guillaume Piens a profondément transformé la foire, en en faisant un rendez-vous incontournable du printemps au Grand Palais. Défendant une approche éditoriale et accessible du marché de l’art, il a imposé une identité singulière, centrée sur la scène française en dialogue avec des galeries et artistes internationaux.
1. Vous dirigez Art Paris depuis 2012, vous avez vous-même dit qu'à votre arrivée "ça ressemblait à un vide-grenier". Qu'est-ce qui vous a donné envie de relever ce défi ?
Guillaume Piens : Le challenge d’Art Paris était immense à relever – Il fallait tout reconstruire, tout réinventer mais c’est cela qui m’a intéressé : comment passer d’une foire que l’on adorait détester comme le titrait Le Monde en 2012 à un événement devenu aujourd’hui incontournable et de premier plan au printemps qui attire 87 000 visiteurs et un juste contrepoint de Art Basel Paris à l’automne.
Ce qui m’a attiré, précisément, c’était ce potentiel et le goût du défi, avec la possibilité pour la première fois de ma carrière d’une carte blanche et d’une liberté totale qui m’ont été données par les propriétaires de la foire Valentine et Julien Lecêtre pour pouvoir la réinventer.
2. En 28 éditions, Art Paris est passée d'une foire régionale à un rendez-vous international au Grand Palais. Comment caractériser l'ADN Art Paris ? Qu'est-ce qui n'a pas bougé.. ?
Guillaume Piens : L’ADN d’Art Paris repose sur un équilibre qui s’est affirmé au fil des années : une foire régionale et cosmopolite portée sur la découverte. Aujourd’hui, cela se traduit de manière très concrète : environ 60 % des galeries sont françaises, 40 % viennent de l’étranger, avec une vingtaine de pays représentés.
Ce qui n’a pas changé, c’est cette volonté de valoriser la scène française et son écosystème en mettant en avant les galeries d’auteur, les enseignes en région, les jeunes structures tout en accueillant les méga galeries, les galeries d’art moderne, les éditeurs d’art ….
Ce qui a changé ce sont toutes les actions mises en place pour donner un plus grand rayonnement à Art Paris. Création à mon arrivée d’un service de la communication et des partenariats, refonte des process et du site internet, de l’identité visuelle et de l’équipe.
Puis mise en place du secteur Promesses pour les jeunes galeries, pays ou régions invités d’honneur de 2013 à 2020 (Russie, Chine, Singapour et l’Asie du Sud Est, la Corée, l’Afrique, la Suisse, l’Amérique latine).
@ArtParis
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A partir de 2020, la dimension éditoriale d’Art Paris est devenue une véritable signature avec le choix de thématiques confiées à des commissaires invités dont le sujet traverse les préoccupations de la société comme du champ artistique. L’une des thématiques concerne la scène française tandis que la seconde s’intéresse à la scène internationale.
Cette année, Babel – Art et langage en France, confiée à Loïc Le Gall, explorait la question du langage. En parallèle, La Réparation, pensée par Alexia Fabre, proposait une perspective plus internationale avec des artistes comme Otobong Nkanga, Mary Sibande ou Shilpa Gupta, qui travaillent sur les notions de mémoire, de soin et de reconstruction. Ces deux parcours structuraient l’édition 2026, lui donnant une résonnance particulière qui tranchent avec la standardisation actuelle de beaucoup de foires d’art contemporain.
@ArtParis
3. Des galeries ferment, beaucoup souffrent financièrement et en même temps Paris vit une sorte de renaissance culturelle avec des institutions qui rouvrent, de nouveaux espaces. Comment vous lisez cette contradiction ?
Guillaume Piens : Ce n’est pas tant une contradiction qu’une recomposition qui a commencé à partir du Brexit en 2016. Le contexte économique est effectivement plus dur depuis deux ans mais la concurrence s’est durcie également à Paris avec l’installation de nombreuses enseignes étrangères puissantes (Gagosian, Hauser & Wirth, David Zwirner, Esther Schipper, White Cube ….)
Certaines galeries, notamment les galeries de taille moyenne sont fragilisées, en particulier sur les segments les plus contemporains.
En parallèle, Paris attire tous les regards, devenant the place to be, grâce à l’arrivée de grandes galeries internationales, l’émergence des fondations privées, le développement de programmes de résidences d’artistes, une programmation muséale exceptionnelle et une volonté de tous les acteurs privés comme publiques de se mobiliser pour faire de Paris une capitale mondiale des arts.
On est donc dans un moment où le marché ralentit, mais où l’écosystème culturel se densifie.
4. Le marché de l'art global traverse une période troublée. Comment Art Paris s'adapter à ce nouveau contexte ?
Guillaume Piens : Dans les périodes d’incertitude, les comportements changent. On observe une forme de retour à un collectionnisme plus réfléchi, plus attentif, moins spéculatif. Les collectionneurs se tournent vers des artistes établis et historiques.
Art Paris offre une formule bien rodée qui a su résister aux crises comme celle du Covid en 2020, avec un ancrage territorial qui s’adosse à une culture de la collection en France, la présence de l’art moderne qui est actuellement une valeur refuge, des prix accessibles notamment dans le secteur Promesses pour les jeunes galeries.
Art Paris n’est pas une foire de spéculation, c’est une foire de découverte et de passion qui est en phase avec les attentes actuelles du marché de l’art.
@ArtParis
5. Par exemple, le marché de l'art a longtemps fonctionné avec les collectionneurs américains comme moteurs. Avec la guerre commerciale de Trump, l'instabilité transatlantique : est-ce qu'on est en train de vivre une recomposition des flux du marché de l'art ? Et si oui, est-ce une opportunité pour Paris ?
Guillaume Piens : Oui, il y a clairement depuis le Covid, une dé-mondialisation et une régionalisation en cours du marché de l’art
Dans ce contexte, Paris a une carte à jouer.
D’abord parce qu’elle attire de plus en plus de collectionneurs européens et internationaux curieux de découvrir autre chose. Ensuite parce qu’elle offre une scène différente, moins standardisée, avec une vraie diversité.
La France est aujourd’hui le quatrième marché de l’art dans le monde – et le pays où ont lieu la moitié de toutes les transactions d’art en Europe. En 2026, celle-ci est passée de 7 à 8 % du marché de l’art mondial malgré les turbulences du contexte géopolitiques et les difficultés économiques.
Il y a donc une véritable opportunité pour Paris qui apparait comme une ville refuge et de tolérance.
@ArtParis
6. Le secteur Promesses accueille 27 jeunes galeries cette année, avec des profils très différents de Montréal à Singapour. Comment on fait cohabiter des galeries de tailles et de cultures si différentes sans que les petites se retrouvent écrasées ? Est-ce que les foires sont encore aujourd'hui un tremplin ?
Guillaume Piens : C’est précisément pour cela que nous avons créé Promesses. C’est un secteur très important pour nous, dédié à des galeries de moins de dix ans d’existence, avec l’idée de soutenir des propositions ambitieuses et très construites.
La foire prend en charge 45 % des frais de participation, ce qui permet aux galeries de présenter des projets plus resserrés, plus exigeants, sans être uniquement contraintes par des impératifs commerciaux.
Mais l’enjeu ne se limite pas à l’aspect financier. Installé sur les balcons du Grand Palais, Promesses est pensé comme un espace clairement identifié donnant une grande visibilité aux artistes émergents présentés. La sélection est réalisée en collaboration avec le commissaire invité Marc Donnadieu, ce qui donne une cohérence particulière à ce secteur et un vrai soutien aux galeries participantes.
Pour les visiteurs, c’est un lieu de découverte très dynamique ; pour nous, c’est un levier de renouvellement qui attire aussi une nouvelle génération de collectionneurs, souvent plus attentive à des artistes émergents et à des niveaux de prix accessibles.
Le secteur Promesses fait monter la jeune génération et constitue un tremplin important pour les jeunes structures venues de tous les horizons géographiques.
7. Art Paris renouvelle cette année le prix Her Art avec Boucheron et Marie Claire dédié aux artistes femmes. Est-ce qu'un prix suffit, ou est-ce qu'il faut aller plus loin structurellement dans la programmation des foires ? Où en est vraiment la représentation des femmes artistes sur le marché en 2026 ?
Guillaume Piens : Un prix ne suffit pas, mais il reste nécessaire. Il agit comme un signal, dans un contexte où les déséquilibres persistent : les femmes sont majoritairement dans les écoles d’art, mais encore sous-représentées dans les galeries, les collections ou les ventes importantes.
Cette année, le prix a été attribué à Elsa Sahal, représentée par la galerie Papillon. C’est une artiste importante, qui travaille la céramique depuis longtemps, bien avant que ce médium ne soit remis en avant. Son travail, très libre, questionne le corps, le genre, avec une dimension à la fois politique et très incarnée.
Le jury a été sensible à cette capacité à faire bouger les lignes, autant sur le plan formel que dans les sujets abordés. La dotation de 30 000 euros remise par la Maison Boucheron et la visibilité associée grâce au partenariat avec Marie Claire constituent un véritable levier.
Mais au-delà du prix, l’enjeu est structurel. Il passe par les choix des galeries, la programmation, la manière dont on construit la foire. L’objectif est que cette représentation des artistes femmes s’inscrive durablement et non ponctuellement.
Édition limitée . 70 x 100 cm Édition limitée . 27.6 x 39.4 inch
400 €
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