Yannick Boesso : fondateur d'Urban Art Fair

Passionné d’art urbain, Yannick Boesso a fondé Urban Art Fair en 2016, transformant le marché du street art en France. Artsper est allé à sa rencontre pour découvrir son parcours, sa vision et les temps forts de l’édition 2026 de la foire.

Yannick Boesso : fondateur d'Urban Art Fair



1. Pouvez-vous nous présenter brièvement la foire et l’édition de cette année ? Quelles en sont les principales nouveautés ?


Yannick : Cette 10e édition est un moment charnière pour nous. C’est à la fois l’occasion de regarder ce que nous avons construit ces dix dernières années, de respecter cette histoire, mais aussi de nous remettre en question et de nous projeter sur les dix à venir.


Nous avons voulu assumer cet équilibre entre héritage et renouveau. On retrouve des figures pionnières et historiques comme Bill Blast, Crash, ainsi que le projet The Underbelly Project. Mais il est tout aussi essentiel pour nous de défendre des artistes émergents ou qui ont été injustement insuffisamment reconnus comme Popay.  


Cette année, nous avons voulu porter un message autour de l’architecture et du design dans l’art urbain. Il ne s’agit plus seulement de considérer la ville comme un support, mais comme une entité à part entière. Cela implique de s’intéresser au mobilier urbain et d’inviter les artistes à le repenser.


Nous lançons d’ailleurs un prix l’année prochaine avec Lefranc Bourgeois, autour du thème “redessiner la ville”. L’idée est d’encourager des interventions plus structurelles, au-delà de l’œuvre ponctuelle.

Nous avons aussi élargi les formats proposés, avec davantage d’installations extérieures et d’œuvres en volume, notamment sur le parvis du Carreau du Temple avec cinq œuvres extérieures complémentaires dont une sculpture gonflable géante de Mara qui fait écho à l’esthétique des art toys.


Nous développons également des projets curatoriaux plus transversaux, comme le musée imaginaire d’Oli, en écho à son exposition à Toulouse, ou encore un espace conçu avec le Comité olympique, en référence à la vision de Pierre de Coubertin, qui associait déjà art et sport.


Enfin, le projet phare reste The Underbelly Project, présenté dans un espace immersif dès l’entrée. Initié en 2009 dans une station abandonnée de New York, il réunissait une centaine d’artistes dans un contexte totalement libre. Aujourd’hui, nous pouvons en montrer certaines œuvres physiquement, notamment avec des artistes comme Jeff Soto, ce qui crée une nouvelle énergie au sein de la foire.


C’est sans doute la foire la plus complète que nous ayons réalisée à ce jour, tant dans les propositions intérieures qu’extérieures, dans les collaborations et dans le dialogue avec les artistes.


C’est, à mon sens, notre édition la plus aboutie.

2. Selon vous, quel est le mouvement le plus excitant dans l’art actuellement ? Quelles tendances voyez-vous émerger, et qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus ? 


Yannick : Aujourd’hui, tout le monde dans le marché de l’art est en train de se réinventer. Les galeries réfléchissent à leurs modèles, à leurs formats de visibilité. Personne n’a de réponse toute faite, mais il y a une vraie dynamique collective.


Nous explorons davantage le digital, avec des plateformes comme Artsper, et développons des co-curations pour toucher des publics variés.


Et paradoxalement, face à l’essor de l’IA, on observe un retour très fort à l’artisanat. Les artistes expérimentent davantage, bricolent, créent des installations, des volumes, des dispositifs hybrides. C’est là que se situe, à mon sens, le nouveau souffle.


3. L’art urbain a longtemps mis du temps à être reconnu par le marché. Pensez-vous que nous sommes enfin parvenus à une véritable forme de légitimité ?


Yannick : Oui, je pense que l’art urbain a atteint une forme de légitimité aujourd’hui. De plus en plus d’institutions s’y intéressent, comme le Centre Pompidou, qui a acquis des œuvres de Miss.Tic ou Gérard Zlotykamien.


Mais à titre personnel, je n’ai jamais considéré la reconnaissance institutionnelle comme une finalité. Il faut d’abord accompagner les artistes, produire des projets solides, développer des expositions personnelles. La reconnaissance vient ensuite, naturellement.


Aujourd’hui, l’art urbain est pleinement un art contemporain, avec une identité forte qu’il faut continuer à affirmer.

4. Le rapport UBS x Art Basel indique que les foires représentent 35 % des ventes mondiales, mais qu’elles deviennent de plus en plus coûteuses pour les galeries. Comment le modèle peut-il encore tenir selon vous ? Et comment imaginez-vous son évolution dans les années à venir ?


Yannick : Le modèle est sous tension : les coûts augmentent fortement, notamment les transports, ce qui pèse sur les galeries.


Notre rôle est donc de les accompagner, en développant des partenariats et de nouvelles sources de financement. Nous travaillons par exemple avec des acteurs privés comme Disney, même si tous les projets ne se concrétisent pas immédiatement.


Nous réfléchissons aussi à des projets engagés, notamment autour de la place des femmes dans l’art urbain, qui ne représente encore qu’une faible part des artistes (entre 5 et 10%). Cela peut aussi ouvrir de nouvelles formes de soutien et de mécénat.


5. Comment définiriez-vous l’ADN de l’Urban Art Fair en une seule phrase ? Qu’est-ce qui, selon vous, incite les galeries à y revenir chaque année ?


Yannick : L’Urban Art Fair est une foire d’art contemporain dont l’ADN est profondément lié à la ville comme source d’inspiration.


C’est aussi une foire en mouvement, qui évolue chaque année. Depuis deux ou trois ans, nous avons vraiment à cœur de faire bouger les lignes, et cela se ressent.


Et puis il y a une dimension humaine très forte : une ambiance, une énergie collective qui fait que les galeries ont envie de revenir.

6. Selon vous, à quoi ressemblera le collectionneur d’art urbain en 2025 ? En quoi diffère-t-il de celui d’il y a dix ans ?


Yannick : Le profil du collectionneur a évolué. On observe beaucoup de professions libérales, notamment grâce au développement d’outils comme le leasing.


Les petites entreprises aussi s’intéressent de plus en plus à l’art urbain.

7. Selon vous, quel type de public l’Urban Art Fair cherche-t-elle à attirer : le primo-collectionneur qui acquiert sa première œuvre, ou le collectionneur confirmé ?


Yannick : Nous connaissons bien les collectionneurs d’art urbain historiques, mais aujourd’hui, nous cherchons à élargir.


L’objectif est d’attirer des collectionneurs d’art contemporain au sens large. C’est notamment pour cela que nous réfléchissons à inscrire la foire dans des temporalités comme Art Paris, afin de toucher un public habitué à d’autres salons.

8. Comment achète la nouvelle génération de collectionneurs : en foire, en ligne, ou via les réseaux sociaux, Instagram notamment ?


Yannick : Les ventes ont ralenti ces dernières années, et les profils ont évolué. L’achat en ligne s’est fortement développé.


Pour les éditions, cela fonctionne très bien : les collectionneurs connaissent les techniques, les rendus, et peuvent acheter à distance en confiance.


Pour les œuvres originales, les achats en ligne sont plus ciblés : ce sont souvent des collectionneurs qui savent déjà précisément ce qu’ils recherchent.

9. Avez-vous une ambition internationale, ou la foire reste-t-elle principalement ancrée à Paris selon vous ? 


Yannick : Nous avons déjà tenté l’international, notamment à New York. D’autres projets ont été envisagés, mais parfois interrompus par le contexte.


Il existe aujourd’hui un intérêt dans des scènes comme Tokyo ou Singapour, où ce type d’événement est encore rare.


À court terme, nous restons concentrés sur la France, mais à horizon deux à trois ans, nous aimerions relancer une dynamique internationale, possiblement au Japon ou au Canada.


10. Qu'est-ce qui manque selon vous dans l'écosystème actuel pour mieux valoriser l'art urbain ?


Yannick : Ce qui manque avant tout, c’est le financement. Tous les acteurs — artistes, galeries, organisateurs — sont sous pression.


Il est nécessaire de développer davantage de soutien privé, de mécénat, et de partenariats avec les entreprises pour accompagner durablement la création.


Sélection d’œuvres d'art




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