Hugo Toro : artiste et architecte d'intérieur franco-mexicain

Après « Ojo de Agua », son exposition personnelle chez Perrotin à New York, Hugo Toro poursuit à travers le monde des projets d'hôtellerie, de restauration et de résidences privées. Artiste, designer et architecte, il déploie un univers où peinture, mobilier et architecture se répondent sans jamais se cloisonner.

Hugo Toro : artiste et architecte d'intérieur franco-mexicain



1. Parlez-nous de votre tout premier souvenir lié à l’art.


Hugo Toro : Je ne dirais pas que mon premier souvenir est directement lié à l’art. Il est plutôt lié à l’eau. Enfant, je passais énormément de temps à nager et surtout à rester sous la surface. Je me souviens de cette sensation très particulière : regarder le monde depuis l’eau. Les formes devenaient floues, la lumière se fragmentait, les sons disparaissaient. Il y avait une forme d’abstraction qui me transportait ailleurs.


Je pense que c’est là que mon regard s’est construit. Ensuite, j’ai essayé de retrouver cette sensation à travers le dessin puis la peinture. Quand j’étais enfant, je disais que je voulais « peindre du rien ». Je ne savais pas encore mettre des mots dessus, mais j’essayais déjà de représenter quelque chose d’impalpable : une émotion, une vibration, cette frontière entre ce que l’on voit et ce que l’on ressent. Finalement, c’est encore ce que je cherche aujourd’hui dans mon travail.

©Charlotte Abbeys_More

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2. Aujourd’hui, quelle est votre relation à l’art ? En quoi l’art est-il important dans votre vie ? Dans votre métier de designer ?


Hugo Toro : Je ne fais pas vraiment de distinction entre mon travail d’artiste, de designer ou d’architecte. Ce sont simplement des moyens d’expression différents. Bien sûr, la peinture est probablement plus intime, plus personnelle, parce qu’elle ne répond à aucune contrainte. Mais au fond, la manière dont je crée reste la même.


Je travaille de façon très instinctive. Que je peigne une toile, que je dessine un meuble ou que j’imagine un hôtel, tout commence par une intuition, une sensation presque abstraite. Je ne pars jamais d’une forme précise, mais plutôt d’une émotion, d’une lumière, d’un souvenir ou d’une matière. Ensuite seulement, le projet se construit et devient concret.


L’art est finalement la genèse de tout ce que je fais. C’est l’endroit où les idées naissent avant de trouver leur propre langage, qu’il s’agisse d’une peinture, d’un objet ou d’une architecture.

©Donaji Eynius-Gonzalez

3. Comment décririez-vous votre travail ? Qu’est-ce qui fait qu’on reconnaît votre univers au premier regard ?


Hugo Toro : Je crée des œuvres que je ne peux pas toujours expliquer. J’essaie plutôt d’extérioriser quelque chose de très instinctif, presque primitif, qui relève de l’introspection plus que de la représentation.


Mes tableaux se construisent progressivement. Ils émergent du flou, puis glissent vers une forme d’abstraction où le figuratif apparaît et disparaît sans cesse. Je suis toujours dans cet équilibre entre ce que l’on reconnaît et ce que l’on ressent.


Au fond, je crois que mon travail est une quête de narration. Une manière de retrouver des souvenirs, des émotions ou des sensations à travers des formes et des langages qui sont profondément enfouis en nous. J’essaie simplement de leur donner une existence sur la toile.

4. Si vous deviez faire découvrir votre travail à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore à travers une seule de vos pièces, laquelle choisiriez-vous ?


Hugo Toro : Je choisirais probablement la série Ojo de Agua, présentée récemment chez Perrotin à New York.


Elle résume assez bien ma démarche, parce qu’elle rassemble en un seul fleuve toutes les rivières qui traversent mon travail. L’eau est un élément fondateur de mon imaginaire. Elle est présente depuis mes premiers souvenirs, dans ma manière de regarder le monde, mais aussi dans la façon dont j’aborde la peinture : comme une matière en mouvement, une mémoire, une surface qui transforme notre perception.


Ojo de Agua est probablement la meilleure porte d’entrée pour comprendre mon univers, parce qu’elle en constitue, d’une certaine manière, la genèse.

©Donaji Eynius-Gonzalez

5. Qu’est-ce qui vous inspire ? Où allez-vous chercher vos idées ?


Hugo Toro : Je ne crois pas aux idées qui apparaissent soudainement. Je pense qu’elles se construisent en permanence, presque de manière subliminale, avant de surgir un jour, comme des geysers.


J’observe énormément, souvent sans même m’en rendre compte. Une lumière sur une façade, une pierre usée, un arbre, une photographie, une musique, une conversation… tout nourrit mon travail.


J’aime aussi beaucoup les accidents. Les imperfections, les traces laissées par le temps, les stigmates d’un objet ou d’un lieu racontent souvent plus que sa perfection. Ce sont ces détails qui créent une profondeur, un filigrane de mémoire, et qui finissent par nourrir mon travail.

6. Quels sont les artistes que vous aimez ? Qui vous touchent ? Pourquoi ?


Hugo Toro : J’admire des artistes très différents, parce que je ne cherche pas une esthétique particulière, mais une manière de penser.


Je suis profondément touché par la liberté de Cy Twombly, la puissance émotionnelle de Mark Rothko, la poésie silencieuse de Giorgio Morandi ou encore l’univers profondément introspectif de Louise Bourgeois.


Je suis également très marqué par les artistes mexicains, comme Gabriel Orozco ou David Alfaro Siqueiros. Leur rapport à la matière, au récit et à l’espace dépasse le simple médium. Ils pensent leurs œuvres de manière transversale, comme un dialogue entre l’art, l’architecture, le paysage et la société.


C’est probablement ce qui me touche le plus : les artistes qui ne se laissent pas enfermer dans une discipline, mais qui construisent un langage capable de prendre différentes formes.

©Perrotin

7. Pour finir, quelles sont vos dernières actualités ? Vos projets à venir ?


Hugo Toro : Je viens de présenter Ojo de Agua, mon exposition personnelle chez Perrotin à New York, qui représente une étape importante dans mon parcours artistique.


En parallèle, je poursuis le développement de nombreux projets d’architecture et de design à travers le monde, dans les domaines de l’hôtellerie, de la restauration, de l’hospitality, mais aussi de résidences privées et de villas

Je développe également plusieurs nouveaux projets artistiques. Mon envie est de continuer à faire dialoguer la peinture, le mobilier, le design et l’architecture, sans jamais les cloisonner.


Pour moi, ils appartiennent tous au même langage et s’enrichissent mutuellement. Au fond, chacun de ces projets est une manière différente de raconter une histoire.

©Perrotin

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