Maxime Gasnier : Rédacteur en chef & directeur artistique de The Steidz
Depuis plus de dix ans, Maxime Gasnier met en lumière les artistes et créateurs qui redessinent les contours de la culture visuelle contemporaine. Cofondateur de The Steidz, il porte un regard curatorial singulier sur les croisements entre art, design, mode et photographie, avec une attention particulière portée aux talents émergents.
1. Pour commencer, pouvez-vous nous présenter The Steidz et l'ambition qui était derrière sa création ?
Maxime Gasnier : Il y a dix ans, la jeune création était peu représentée dans la presse magazine malgré l’essor d’initiatives, souvent curatoriales, mettant l’accent sur des artistes à peine sortis d’école ou en début de carrière.
Avec Sébastien Maschino, nous avons alors fondé The Steidz avec la conviction qu’il fallait un support éclairant cette « nouvelle scène ».
C’est d’ailleurs la transcription phonétique anglaise du mot qui a donné le titre « steidz », avec l’idée d’offrir un podium, une plateforme, à des talents choisis pour la singularité de leurs pratiques.
© The Steidz
© The Steidz
Aujourd’hui, si The Steidz est avant tout un magazine, il est également reconnu pour accompagner et suivre des artistes sur le long cours : certains que nous avons découverts en 2015 sont aujourd’hui représentés par des galeries.
En tant qu’éditeurs, nous publions leurs premières monographies, nous les exposons et nous les collectionnons, nous écrivons sur leurs œuvres que l’on voit s’épanouir au fil des années.
Tout cela pour poursuivre notre démarche qui est d’encourager leur visibilité, à travers un regard curaté et exigeant.
2. The Steidz explore les liens entre l'art, le design, la mode ou encore la photographie. Pourquoi ces disciplines se mélangent-elles de plus en plus aujourd'hui ?
Maxime Gasnier : Il me semble que la perméabilité des disciplines est ce qui détermine l’essence même de la création contemporaine.
Il suffit de penser aux premiers assemblages d’artistes qui ont commencé par inclure l’objet ready-made au sein de leurs œuvres : par ce geste, n’était-ce déjà pas une volonté de faire fusionner les genres ?
La volonté de créer des images inédites, percutantes et hors des codes ne peut que s’affirmer, selon moi, par la conjugaison de ces champs d’expression.
Cet entrelacement des pratiques fait émerger des mouvances visuelles qui imprègnent autant une mode qui va s’inspirer de l’art qu’un design qui manifeste une valeur sculpturale évidente ou une photographie dite « plasticienne » parce qu’elle dépasse la bidimensionnalité.
© The Steidz
© The Steidz
3. Vous observez les nouvelles générations de créateurs depuis plusieurs années. Qu'est-ce qui caractérise, selon vous, la scène créative actuelle ?
Maxime Gasnier : Qu’il s’agisse d’artistes ou de designers, la scène actuelle me paraît être cernée aujourd’hui par un paradoxe : d’un côté, il y a ce désir de regagner en authenticité, en simplicité, face aux enjeux de la globalisation.
Certains créateurs, par exemple, vont ainsi prôner une peinture figurative sans fioritures, employer des matériaux ou des outils artisanaux plutôt qu’industriels, pour incarner une sensibilité à rebours du climat anxiogène global.
Pour d’autres, au contraire, il y a un désir de puiser dans les ressources de notre époque, qu’elles soient innovantes, technologiques ou industrielles, pour créer des images ou des objets appartenant à une vision dystopique.
4. Selon vous, qu'est-ce qui distingue une tendance d'une œuvre ou d'un projet qui a vocation à durer ?
Maxime Gasnier : Bien que souvent critiqué pour son appartenance au champ « marketing » ou, du moins, communicationnel, le terme « tendance » se rapporte à une dimension éphémère.
Visuellement, je me la représente comme un point de rencontre entre plusieurs créations issues de plusieurs domaines qui manifestent une esthétique ou des inspirations communes.
Cela peut être la multiplication des collaborations entre artistes et maisons de mode, l’amplification d’une couleur dans des disciplines très variées ou l’utilisation privilégiée d’une matière.
Une œuvre peut tout à fait s’inscrire dans une tendance parce qu’elle a été créée, imaginée, dans tel contexte et qu’elle a quelque chose à montrer de notre époque.
© Clément Philippe
© Clément Philippe
5. Parmi les grands artistes de l'histoire de l'art, lesquels ont le plus nourri votre regard et votre sensibilité ? Pourquoi ?
Maxime Gasnier : L’une des premières expositions qui m’a marqué est celle de Richard Avedon au Jeu de Paume, en 2008. J’avais seize ans.
C’est la première fois que j’ai découvert que la photographie pouvait être un médium envisagé différemment si son auteur se donnait les moyens de lui attribuer des codes visuels uniques.
La monumentalité des formats, la présence assumée des bords noirs pour encadrer ses portraits, la frontalité des modèles : c’est une signature particulière qui se démarque de ce que j’avais pu voir auparavant.
Au-delà de la photographie, c’est toute la génération des artistes intéressés par la société de consommation dès les années 1960 (Andy Warhol évidemment, mais aussi Allen Jones, Richard Hamilton, Barbara Kruger, Mel Ramos…) qui m’a toujours fasciné. Inconsciemment, cela a sans doute contribué à définir la ligne éditoriale de The Steidz, que l’on qualifie souvent de pop et qui s’appuie sur une dimension matérialiste importante.
6. Comment repère-t-on un talent émergent avant tout le monde ?
Maxime Gasnier : Il faut aller plus loin que les cercles de monstration traditionnels que sont les musées, les centres d’art ou les galeries, bien qu’ils soient des vecteurs de visibilité essentiels.
Les foires en France comme en Europe, et les expositions satellites qui gravitent autour d’elles, sont des viviers incontournables de talents parfois jamais montrés.
Suivre l’actualité des artist-run spaces ou des initiatives curatoriales hors des circuits classiques est aussi une porte ouverte vers la découverte.
Chaque année, The Steidz en répertorie une sélection internationale dans son magazine print : nous prenons du temps à cartographier des lieux hybrides, parfois inattendus, où la création émergente s’expose.
© Perrotin
7. Enfin, si vous deviez citer un artiste émergent qui vous enthousiasme aujourd'hui, lequel choisiriez-vous ? Pourquoi ?
Maxime Gasnier : J’ai découvert il y a quelques mois le travail de Sander Coers, un jeune Néerlandais qui use de la photographie pour en faire des tirages sur panneaux de bois ou fragments de céramique.
En s’appropriant des images d’archives et parfois l’intelligence artificielle, il réussit à combiner deux temps de création pour les relier en des œuvres mixtes qui prennent la forme de compositions fragmentaires, conjuguées à des aplats colorés.
Une grande interview lui sera dédiée dans le prochain numéro annuel de The Steidz qui paraîtra en octobre.
Sélection d'œuvres d'art
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