Elsa Muse : réalisatrice et directrice artistique

À travers le stop-motion, Elsa Snakers, alias Elsa Muse, imagine des univers miniatures où dialoguent artisanat, nature et imaginaire. Son travail explore les liens entre création, matière et temps long, en célébrant le vivant, les savoir-faire et la beauté du geste. Entre poésie visuelle et exigence artisanale, elle compose des récits sensibles où chaque détail nourrit l’émotion et invite à l’émerveillement.

Elsa Muse : réalisatrice et directrice artistique



1. Quel est votre tout premier souvenir lié à l’art?


Elsa Muse : Mon tout premier souvenir lié à l’art est indissociable de ma grand-mère, avec qui j’ai grandi. Elle peignait dans la véranda de la maison.


Je me souviens de son chevalet toujours installé, d’une toile en cours, de l’odeur de la peinture à l’huile, des couleurs mélangées sur sa palette et des feuilles de papier calque quadrillées qui lui servaient à reproduire ses dessins.


Elle peignait ce qui l’entourait : le jardin, des bouquets de fleurs, les paysages de Thiérache. C’est aussi elle qui nous a offert, à ma sœur et moi, nos premiers livres pour apprendre à dessiner.


Nous passions des heures à dessiner à ses côtés. Je crois que mon rapport à l’art est né là : dans cette idée que créer fait partie de la vie quotidienne.


Il y a quelques mois, j’ai accroché dans la chambre de mon bébé une petite toile qu’elle m’avait offerte pour mes deux ans.


On y voit une fermière entourée de poules et d’un chat. Certaines images nous accompagnent toute une vie.

2. Aujourd’hui, quelle est votre relation à l’art ?


Elsa Muse : Aujourd’hui, l’art fait partie de mon quotidien. J’aime vivre entourée de belles choses faites à la main, qu’il s’agisse d’une céramique, d’un meuble en marqueterie, d’un vêtement brodé ou d’une œuvre accrochée au mur.


Nous rénovons actuellement notre maison, et ce projet est encore une fois devenu une manière de faire entrer l’art dans la vie de tous les jours : des vitraux, un sol en mosaïque inspiré des jardins de Montreuil, ou encore la reconstruction d’un ancien mur à pêches selon des techniques traditionnelles.


Avec le temps, j’ai aussi la chance de pouvoir acquérir des œuvres et soutenir les artistes et artisans dont j’admire le travail.


C’est d’autant plus précieux que, dans mon métier, je collabore de plus en plus avec eux.


Découvrir leurs savoir-faire, les mettre en lumière et donner vie à leurs créations à travers l’animation est sans doute ce qui me passionne le plus aujourd’hui.

3. Comment décririez-vous votre univers artistique à quelqu’un qui ne vous connaît pas ? Qu’est ce qui fait votre singularité ?


Elsa Muse : Mon univers se situe à la croisée du cinéma d’animation, des métiers d’art et du vivant. J’aime créer des mondes où les objets, les fleurs ou les matières semblent prendre vie.


Le stop-motion est mon médium de prédilection, car il me permet de travailler avec la matière réelle : le bois, le verre, le papier, le textile ou la céramique.


Je suis fascinée par les savoir-faire et les gestes de fabrication. Dans mes films, j’essaie de faire dialoguer des univers qui ne se rencontrent pas toujours : l’artisanat et le luxe, les marionnettes et la mode, la poésie et la technique.


Ce qui fait peut-être ma singularité, c’est cette envie de créer des œuvres profondément fabriquées à la main, en collaboration avec des artistes et des artisans.


À une époque où les images sont souvent dématérialisées, j’aime que l’on sente la présence des mains derrière chaque détail, peu importe le temps que ça prend.

4. Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien ? Où trouvez-vous vos idées ?


Elsa Muse : Je suis très attirée par les objets qui portent une histoire et par les savoir-faire traditionnels.


J’aime visiter des ateliers, observer comment les choses sont fabriquées, comprendre les techniques et les matériaux.


C’est souvent là que naissent mes idées.La nature est aussi une source d’inspiration constante : les plantes, les fleurs, ou les animaux nourrissent beaucoup mon imaginaire.


J’aime créer des ponts entre ces univers et les faire dialoguer dans mes films.

5. Quels sont les artistes que vous aimez ? Qui vous touchent ? Pourquoi ? 


Elsa Muse : Je suis attirée par des artistes qui créent des mondes et entretiennent un rapport fort à la matière.


J’aime beaucoup Joseph Cornell pour ses boîtes miniatures, qui ressemblent à des fragments de rêves.


Sophie Taeuber-Arp me touche particulièrement : elle a créé des marionnettes, peint, tissé, sculpté, brouillant sans cesse les frontières entre art, artisanat et design.


Parmi les artistes contemporains, j’admire Eva Jospin pour ses paysages sculptés d’une incroyable minutie. J’aime aussi le travail d’Ugo Schildge.


J’ai aussi récemment découvert le travail d’Anne Féat, qui sculpte le papier avec une grande délicatesse, à l’occasion d’une collaboration sur l’un de mes projets. J’aime ces rencontres qui font naître de nouvelles admirations.

6. Pour finir, quelles sont vos prochaines actualités ? Vos projets à venir ? 


Elsa Muse : Je poursuis aujourd’hui plusieurs projets qui me tiennent particulièrement à cœur.


Je continue à développer mon activité de réalisatrice en stop-motion, avec toujours cette envie de faire dialoguer image, artisanat et savoir-faire.


En parallèle, je développe Apoticari, une marque inspirée de l’herboristerie et des plantes d’Auvergne. Je travaille également avec mon père sur un projet de boissons fermentées sans alcool.


Finalement, qu’il s’agisse de films, de plantes ou de boissons, mes projets ont souvent un point commun : ils cherchent à réenchanter le quotidien, à remettre le vivant et les savoir-faire au centre de nos vies, et à redonner sa place au temps long dans un monde qui va toujours plus vite.


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