PAULINE SIMONS

Fondatrice de HYam

Pauline Simons est la fondatrice du projet HYam (Hydra for Artists of the Mediterranean). En 2014, HYam créait le Prix de la Jeune Scène artistique méditerranéenne en partenariat avec la Fondation Jean-Luc Lagardère : ce prix récompensait une jeune artiste grecque, Maria Tsagkari, choisie par un jury international parmi les quatre finalistes dont le travail éclairait la diversité de la jeune scène gréco-chypriote, avec pour fil conducteur le passé comme seul avenir. HYam met en place le second volet de son projet de soutien aux jeunes artistes de la scène méditerranéenne: l’exposition des travaux des quatre artistes finalistes intitulée « erotimatiko », du 8 au 17 janvier 2016 au sein de la maison de ventes Artcurial, à Paris.


{Artsper}: Comment est né le projet HYam ?
{Pauline Simons}: De différents constats. En visitant les foires, en France et à l’étranger, j’ai remarqué que les jeunes artistes qui vivent dans leur pays, en Méditerranée, étaient souvent représentés de manière sporadique ou éclatée et qu’ils manquaient de visibilité sur la scène internationale. Je connais bien la Grèce, j’y ai passé et j’y passe encore du temps et je me suis aperçue qu’une île comme Hydra était aussi capable d’accueillir durant l’été, grâce à des collectionneurs et mécènes, des expositions d’art contemporain de grande qualité. Cela m’a donné l’idée de jeter des ponts entre cette ruche rocailleuse et la capitale française aux identités complémentaires, et de construire un projet global composé de trois « moments » : un prix biennal dédié à un artiste d’un pays de la Méditerranée remis à Paris suivi par une exposition consacrée aux derniers travaux des finalistes du prix. Et dernière étape du projet : la co-production d’une oeuvre pour l’espace public d’Hydra confiée au lauréat.

{Artsper}: Quelle est la spécificité de la création gréco-chypriote ? Pourquoi y portez-vous un intérêt si poussé ?
{Pauline Simons}: Il est difficile de parler d’une spécificité gréco-chypriote ce qui induirait une forme de marginalité esthétique ce dont se défendent les jeunes artistes que j’ai rencontrés : ils sont très au fait de ce qui se passe ailleurs. Mais il vrai qu’ils vivent dans un pays lézardé par la crise…

{Artsper}: « Le passé pour seul avenir » est le fil conducteur de votre Prix de la Jeune Scène artistique méditerranéenne en 2014, pouvez-vous nous en dire plus ?
{Pauline Simons}:La Grèce a un passé historique et politique qui ne peut que laisser des traces, consciemment ou inconsciemment. N’oublions pas que ce pays a été muselé par cinq siècles de domination ottomane, égratigné par des dictatures successives, affaibli par le conflit chypriote et qu’il prend, aujourd’hui, de plein fouet une nouvelle onde de choc. De près ou de loin, ces jeunes artistes ont les mains dans le cambouis. Quand l’avenir se voile, l’analyse du passé ou plus simplement son ressenti, peut aussi nourrir les imaginaires et servir de tremplin.

{Artsper}: A quand le prochain prix et que réserve-t-il ?
{Pauline Simons}: Le prochain prix aura lieu durant le second semestre 2016, il devrait être consacré au Maroc. Selon le même principe : la sélection d’une vingtaine de jeunes artistes, un plaisir que je me réserve suivi de l’élection par un jury international qui comme le précédent sera au fait de la création artistique du pays choisi. En attendant, Maria Tsagkari, lauréate de la 1ère édition du Prix de la Jeune scène artistique méditerranéenne va clore le troisième et dernier « moment » du projet et installer son oeuvre in situ dans l’espace public d’Hydra en juin 2016.

{Artsper}: HYam a lancé un projet de résidence d’artistes sur l’île d’Hydra, un cadre particulièrement sauvage et coupé du monde, pouvez-vous nous en dire plus ?
{Pauline Simons}: Comme beaucoup de lieux de villégiature, Hydra a deux visages. Avec ceci de particulier, elle est extrêmement préservée : aucune voiture ni aucune construction moderne n’y ont droit de cité. L’été, elle attire des visiteurs nombreux mais singuliers. A l’exception des touristes qui y passent la journée, l’île réunit un grand nombre de collectionneurs, galeristes, mécènes, un microcosme versé dans l’art. En outre, le fait qu’Hydra accueille des expositions d’art contemporain de qualité est un avantage pour les artistes qui y résident. Au contraire en hiver, l’île retrouve un calme presque moyenâgeux propice à la recherche et à la mise en oeuvre d’un projet.

{Artsper}: Dans un pays à l’économie si chancelante, quel est l’état du marché de l’art grec ?
{Pauline Simons}: Il est vrai que la crise a rendu le marché de l’art grec plus difficile. Certaines galeries ont mis la clé sous la porte, d’autres travaillent en sourdine ; les coupes budgétaires ont aussi rendu la vie des musées beaucoup plus âpre. Cependant, on voit poindre des initiatives privées qui semblent prendre, pour l’instant, le relai de l’état. Dimitris Daskalopoulos, président de la Fondation Neon a choisi de mettre en avant la scène artistique grecque tout en prenant en charge des expositions d’envergure internationale ; la Fondation Stators Niarchos qui verra l’inauguration de son centre culturel à la fin de l’année 2016 offre un nouveau déploiement pour la monde culturel grec… Et n’oublions pas qu’en 2017, la Monumenta, événement artistique de renommée internationale, se tiendra à la fois à Athènes et Kassel. Joli challenge pour la Grèce !

{Artsper}: Qui sont pour vous les artistes grecs émergents à suivre de près ?
{Pauline Simons}: La vingtaine artistes que j’ai sélectionnés même si certains sont encore très jeunes.

{Artsper}: Quelle place ont les nouvelles technologies sur la scène artistique grecque et quelle est la visibilité des artistes grecques sur le marché de l’art en ligne ?
{Pauline Simons}: Beaucoup d’ artistes font non seulement appel aux nouvelles technologies mais vont plus loin en intégrant les bouleversements de l’ère numérique. Ainsi, avec Antidote, l’une de ses dernières oeuvres, Evangelia Kranioti pose une question d’ordre sociologique : que pourrait « tisser » une Pénélope contemporaine à l’ère numérique ? Quel désir, quelle obsession, quelle histoire pourrait-elle raconter ? Ainsi Angelo Plessas, lauréat du dernier Deste Prize, expérimente sur une plateforme de communication avec les outils de promotion d’aujourd’hui un nouveau modèle de réseau social en considérant un double phénomène : l’hyper connectivité face à la solitude. Mais je vous avoue que j’ignore la visibilité de ces artistes sur le marché de l’art en ligne.

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