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JOSÉ-MANUEL GONÇALVÈS

Directeur du CENTQUATRE-PARIS

En perpétuel mouvement, Le CENTQUATRE-PARIS est un lieu du tout-monde, un lieu de création, une fabrique de spectacles d’envergure internationale ouverte à l’ensemble des arts actuels à travers une programmation résolument populaire, contemporaine et exigeante, portée par des artistes du monde entier.
Nous avons rencontré José-Manuel Gonçalvès, directeur de l'espace culturel, qui a accepté de répondre à nos questions et de nous faire part de ses coups de coeur Artsper.


{Artsper} : Pouvez-nous conter rapidement votre parcours ?
{José-Manuel Gonçalvès} : J’ai commencé ce métier assez jeune par un concours de circonstances qui a fait que je me suis vite retrouvé à la tête d’une friche quand j’avais 20 ans. Clairement, cette expérience a marqué mon parcours. Réhabiliter, retransformer des espaces qui ne sont pas forcément voués à l’art, dans des contextes sociaux complexes et difficiles, cela m’a toujours intéressé. J’ai commencé mes études supérieures à l’âge de 23 ans. D’une certaine manière, le CENTQUATRE-PARIS est une prolongation et un dépassement de ce que j’ai pu réaliser au cours de ces 30 années de parcours professionnel.


{Artsper} : Quels ont été votre projet artistique et votre positionnement pour faire naître la notoriété que le CENTQUATRE-PARIS connaît aujourd’hui ?
{José-Manuel Gonçalvès} : Cette naissance malheureuse en 2008 avec la première direction a beaucoup marqué les toutes premières années de l’établissement. Cela fait maintenant six ans que mon projet existe, et je pense qu’aujourd’hui beaucoup de gens ont oublié ce démarrage très douloureux. La réussite objective concernant la fréquentation du lieu et la réussite de participation à la création font que cette partie de l’histoire est un peu oubliée à présent.

L’art, pour moi, répond à un certain nombre de questions qui ne peuvent pas être résolues par d’autres champs.
On a souvent dit que l’art et la culture correspondent forcément à une expérience individuelle. Mais j’ai toujours pensé que l’art divisait pour mieux rassembler. Presque de manière factuelle, il y a une première perception qui doit être individuelle, mais qui est souvent exercée dans un espace collectif, qu’on le veuille ou non. C’est assez rare que l’on soit confronté à une œuvre d’art seul ; c’est toujours une expérience collective.

La manière dont les choses vont se construire sera toujours inscrite dans le rapport initial que j’ai aux artistes. Je ne construis jamais une programmation en fonction du public que j’ai envie d’avoir. Il y a une population ici qui est celle de Paris, du Monde et de l’Europe, et à partir de ce constat, on voit que tout est possible. Je vais m’attacher aux artistes qui ont une vision, qui me racontent quelque chose du monde d’aujourd’hui. A partir de leurs visions, j’établis un rapport avec eux pour construire un lien avec les publics.

Tout ce que vous voyez aujourd’hui au CENTQUATRE-PARIS a été écrit dans le projet il y a six ans. Au transat près. Pourquoi on utilise des transats ? Pourquoi on utilise des matériaux de seconde œuvre pour faire miroir et pas des miroirs comme dans toutes les salles de danse ? Pourquoi ces matériaux peuvent-ils se déplacer ? Pourquoi est-ce que rien n’est fixé au sol ? Pourquoi n’y a t-il aucune interdiction affichée dans le CENTQUATRE-PARIS ? Pourquoi il n’y a pas d’annonce sonore dans le CENTQUATRE-PARIS, alors que c’est un lieu de 39 000 m2 ? Tout ça est écrit.


{Artsper}: Vous n’anticipez jamais la programmation pour un public ciblé. N’est ce pas un peu contradictoire avec la fonction utilitaire de l’art ? Sans rentrer dans le débat de démocratisation culturelle, comment arrivez-vous à trouver ce juste milieu ?
{José-Manuel Gonçalvès} : La question à se poser est surtout : comment fait-on pour que le public vienne ? Ce qui est quand même formidable dans cette aventure et ce qu’on oublie souvent, c’est qu’il s’agit de la traduction d’un acte démocratique. Imaginez : beaucoup viennent voir des artistes qu’ils ne connaissent pas au milieu d’autres spectateurs/visiteurs qu’ils ne connaissent pas dans l’espoir d’aimer, mais sans assurance, et ils paient pour ça ! C’est un acte d’une infinie confiance en l’art et donc une responsabilité qui nous incombe.


{Artsper}: La plupart des œuvres sont tellement conceptuelles que l’émotion ressentie immédiatement n’est parfois pas accessible au plus grand nombre. La plupart des œuvres ont besoin de cartels, d’explications. Comment vous positionnez-vous en terme de médiation ?
{José-Manuel Gonçalvès} : À la question « pourquoi est-on toujours obligé de faire de la pédagogie pour comprendre ? », l’on peut répondre que c’est une situation banale, au fond : dès que les choses sont un peu complexes, on a besoin d’avoir une explication. La question est de savoir jusqu’où l’on va. L’idée n’est pas de faire la démonstration de ce que l’on sait, de ce que l’on connaît et de construire tout un rapport à un savoir d’expert, mais bien de construire les réelles conditions d’un partage de connaissances, de sensibilités. Ce qui est sûr, c’est que dans la construction des expositions aujourd’hui nous n’abandonnons plus le public au seul savoir de celui qui expose, de l’artiste, et de l’intelligence de l’œuvre. On essaie de faire
en sorte de trouver des éléments de familiarité, mais le meilleur médiateur des œuvres...reste les œuvres !!!

Souvent les notions que j’utilise ont été empruntées à des philosophes et des sociologues, et je les applique au terrain. On pourrait dire que c’est de la philosophie et de la sociologie appliquée, comme on fait de l’art appliqué. « Si tout n’est pas égal, tout est recevable », cette idée de Pierre Rosanvallon est au centre de notre travail au CENTQUATRE-PARIS. « Mille plateaux » de Deleuze et Guattari, par exemple, et ce qui est dit sur la façon dont les mondes se chevauchent et se superposent, mais aussi la manière dont on crée les reliances, correspondent parfaitement au projet du CENTQUATRE-PARIS. Mais plutôt que ce soit uniquement dans l’imaginaire et la conception, on l’a rendu réel. On n’a rien inventé, je ne fais qu’appliquer des choses qui m’ont ému. Ce sont pour moi des intelligences et des fulgurances, je me dis souvent « J’aurai dû l’écrire ça ! », à défaut, j’essaie de le mettre à l’œuvre. On essaie de faire du CENTQUATRE-PARIS une vision assez apaisée de l’état dans lequel se trouve notre société. La force de l’art, c’est de nous raconter des choses sur la société qui, au fond, n’est pas celle que l’on nous présente de manière trop schématique.


{Artsper}: Vous avez été directeur de la Nuit Blanche 2014 et 2015. Avez-vous hésité avant d’accepter la direction ? Comment avez-vous choisi les artistes ?
{José-Manuel Gonçalvès} : La première année, j’ai un peu hésité car j’avais 2 mois et demi pour faire la programmation. Je l’ai finalement fait et ça a été une formidable expérience. Je savais que la Nuit Blanche ne devait pas être seulement une exposition dans l’espace public mais c’était aussi de permettre la découverte d’un autre Paris. L’enjeu était d’amener le public à une double expérience : l’expérience de la ville en même temps que celle de l’art.

La deuxième année, nous sommes allés encore plus loin puisque nous avons emmené les gens de l’autre côté du périphérique, au-delà de Paris intramuros, pour leur faire voir les étoiles au sens littéral. Je trouve que pour Nuit Blanche il faut vraiment avoir une expérience de la ville. Si l’on n’a qu’une expérience de l’art, autant aller dans les musées.


{Artsper}: Que pensez-vous de la vente d’art en ligne et des projets comme Artsper ?
{José-Manuel Gonçalvès} : C’est exceptionnel, c’est formidable. J’aime l’idée que l’acte d’achat d’une œuvre est à la fois un acte symbolique et un acte concret d’acquisition d’un objet durable, mais on peut en même temps y accéder par des modalités banales, en un simple clic. Mais plus encore, agir sur les modalités pour s’approcher d’un grand public et permettre aussi à des artistes de vivre de leurs œuvres, je trouve que c’est à la fois une démocratisation et c’est aussi une économie que vous ouvrez à un plus grand nombre d’artistes.

Je ne collectionne pas, je n’ai pas de bien, j’ai fait un choix dans ma vie de n’être propriétaire de rien. Mais en ce moment je me pose la question d’acheter une œuvre. Si je le fais, je n’aurai pas forcément envie de me rendre en galerie. Dans ce cas le net pourrait être intéressant : il offre également une sorte d’anonymat. Je n‘ai pas l’intention de devenir collectionneur, j’ai juste envie d’être un curieux, qui a un coup de cœur pour une oeuvre. Et je pense que de pouvoir le trouver d’une manière aussi aisée, c’est très important. Cela me laisse la possibilité de la réflexion ou du geste simple, pulsionnel que je souhaite avoir au moment du choix.

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